En Vallée d’Aoste, on adore parler de bilinguisme. C’est un peu comme un vieux slogan qu’on sort les jours de fête, entre deux discours officiels. Mais quand il s’agit de passer des mots aux faits, là… écran noir.
Pendant des années, les Valdôtains captaient tranquillement les chaînes françaises. France 2, par exemple, ce n’était pas juste une chaîne : c’était une fenêtre ouverte sur un autre monde, une habitude, presque un réflexe culturel. Puis arrive 2022, la révolution numérique et, avec elle, la grande disparition. Exit France 2. Merci, au revoir. À la place ? Un bouquet “minimum syndical” avec TV5 Monde, France 24 et la RTS. Le strict nécessaire pour dire : “vous voyez, le français est encore là”. Sur le papier, au moins.
Depuis, la politique locale joue à son jeu préféré : gagner du temps. Réunions à Paris, discussions techniques, échanges entre services… tout y passe. On discute, on analyse, on approfondit. Bref, on fait tout sauf décider. La dernière trouvaille ? Une décision “d’ici fin avril”. Évidemment. Toujours “d’ici peu”. Toujours “bientôt”. Une sorte de futur permanent qui n’arrive jamais.
Le plus drôle — ou le plus tragique, c’est selon — c’est que France Télévisions est d’accord. Oui, d’accord ! Prête à ouvrir la porte, à remettre France 2, voire à ajouter France 3 Alpes, France 4, France Info. Le buffet est prêt. Mais côté valdôtain, on hésite encore à s’asseoir à table. Pourquoi faire simple quand on peut compliquer ?
Ah oui, il y a aussi la question des coûts. Parce que diffuser une chaîne, ça coûte. Incroyable découverte. Et puis il y a EI Towers, le partenaire technique, avec qui il faut négocier. Traduction : encore du temps, encore des discussions, encore des délais.
Et pendant ce temps-là ? Dans les vallées latérales, même les chaînes existantes ne passent plus. Valgrisenche, Rhêmes, Cogne, Champorcher… des territoires entiers hors signal. Mais rassurez-vous : sur le papier, 93% de couverture. Le problème, c’est que les pourcentages ne regardent pas la télé.
Au final, toute cette histoire ressemble à une mauvaise blague. Une région qui fonde son identité sur le bilinguisme, mais qui laisse disparaître l’un de ses outils les plus simples et les plus efficaces pour le faire vivre. Pas besoin de grandes lois, ni de discours compliqués : une télé allumée suffit.
Encore faut-il que le signal arrive.
Mais en Vallée d’Aoste, visiblement, même ça, c’est trop demander.













