Il y a des histoires qui traversent les frontières et les siècles, en silence, avant de refaire surface comme une évidence. Celle que raconte le documentaire Le peintre et l’architecte appartient à cette catégorie rare : une mémoire d’émigration devenue patrimoine culturel partagé entre la Vallée d’Aoste et la Flandre.
Comme l’annoncent « L’Union de la Presse Francophone UPF - section de la Vallée d’Aoste -, le Comité des Traditions Valdôtaines et la Fondation Chanoux », le film sera « présenté et projeté en avant-première jeudi 12 mars 2026 à 20h30 au Cinéma de la Ville à Aoste ». Une date qui ne relève pas seulement de l’agenda culturel, mais d’un véritable rendez-vous avec l’histoire.
Tourné « au mois de juillet, août et septembre de l’année dernière entre Valgrisenche, Courtrai, Nieuwpoort et Bruges », le documentaire met en lumière « le fabuleux destin de deux petits-fils d’émigré valdôtain ». Le terme n’est pas excessif. Car derrière l’exil économique, si fréquent dans les vallées alpines aux XIXe et XXe siècles, se cachent parfois des trajectoires artistiques et intellectuelles de tout premier plan.
Il s’agit d’Emmanuel Viérin, « peintre luministe, courant belge de l’impressionnisme français », et de l’architecte Joseph Viérin, « aussi appelé Jos », qui « s’est illustré dans la conception et la réalisation de nombreuses œuvres monumentales et notamment la reconstruction de la ville de Nieuwpoort à la fin de la Première Guerre mondiale ». Deux figures qui, chacune dans son domaine, ont contribué à façonner le paysage culturel et urbain de la Flandre.
Le film ne se limite pas à une biographie croisée. Il « retrace l’histoire d’Emmanuel et Jos(eph) aussi bien en Vallée d’Aoste qu’en Belgique avec la participation de la famille et d’éminents experts de peinture et d’architecture ». Ce double regard, enraciné et international, permet de comprendre comment l’héritage valdôtain s’est transformé, adapté et enrichi au contact d’un autre territoire, sans jamais rompre totalement avec ses origines.
Car « aujourd’hui à la cinquième génération, les liens sont encore présents avec les lointains cousins de Valgrisenche ». Cette phrase, à elle seule, résume la portée culturelle du projet : l’émigration n’est pas seulement un départ, elle est aussi un fil ténu mais résistant qui relie les familles, les paysages et les mémoires.
La dimension intergénérationnelle du documentaire est d’ailleurs au cœur de sa production. « La production a aussi permis à 4 jeunes Valdôtains (André Anglesio, Lorenzo Antonicelli, Emanuele Centoz et Nadège Griseri) comme les années précédentes, de prendre part au documentaire dans sa phase de production et notamment de post-production. » Ce choix n’est pas anodin : transmettre une mémoire suppose d’y associer ceux qui en seront les dépositaires.
La réalisation porte la signature de Joseph Péaquin, « réalisateur et Président de l’UPF Union de la Presse Francophone – section de la Vallée d’Aoste », responsable de « la conception, la réalisation, les images et le montage », avec « la logistique de Patrick Perrier, secrétaire de la Fondation Chanoux ». La coproduction réunit Alessandro Celi et Massimiliano Pegorari, « respectivement Présidents du Comité des Traditions Valdôtaines et de la Fondation Chanoux », avec « le soutien de la Structure des Activités Culturelles de la Région Autonome Vallée d’Aoste ».
Au-delà des noms et des fonctions, ce travail collectif témoigne d’une volonté claire : inscrire la mémoire de l’émigration valdôtaine dans une réflexion contemporaine sur l’identité, la culture et l’ouverture européenne. À travers l’art d’Emmanuel Viérin et l’architecture de Joseph Viérin, c’est une Vallée d’Aoste diasporique qui se révèle, capable d’influencer d’autres territoires tout en conservant la conscience de ses racines.
L’entrée à la projection est « libre et gratuite ». Un geste symbolique fort : la mémoire partagée n’a pas de prix, mais elle a besoin de regards pour continuer à vivre.













