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Governo Valdostano | 21 gennaio 2026, 10:39

L’arbre qui marche loin ne perd pas ses racines

À Paris, le 24 janvier, la Vallée d’Aoste retrouve ses émigrés. Une journée de paroles, de visages et de mémoire partagée, où l’exil n’est pas une fuite mais une autre façon d’habiter sa terre

Erik Lavevaz, assesseur régional chargé de l’Éducation, de la Culture et des politiques identitaires

Erik Lavevaz, assesseur régional chargé de l’Éducation, de la Culture et des politiques identitaires

« Qui part ne rompt pas, qui oublie se perd ». On pourrait résumer ainsi le sens profond de l’Arbre de Noël de Paris, ce rendez-vous annuel où la Vallée d’Aoste traverse les Alpes non pas en train ou en avion, mais par la mémoire, la langue et une certaine manière d’être au monde. Samedi 24 janvier, la petite région alpine se donnera rendez-vous dans la grande capitale française pour retrouver ceux qui sont partis sans jamais vraiment quitter.

Car l’émigration valdôtaine n’a jamais été une simple histoire de valises. C’est une géographie sentimentale, faite de départs nécessaires et de retours symboliques, de racines qui s’allongent au lieu de s’arracher. À Paris, les Valdôtains n’ont pas seulement trouvé du travail, ils ont construit des communautés, des sociétés, des lieux où l’on continue à parler de la Vallée comme d’un pays vivant, parfois plus vivant encore qu’au pays.

La journée s’ouvrira à la Maison du Val d’Aoste, ce petit morceau de montagne posé au cœur de la ville-monde. Autour de la table ronde, élus régionaux, conseillers et responsables des Sociétés d’émigrés échangeront sur les grands thèmes qui traversent aujourd’hui la Vallée. Un moment officiel, certes, mais aussi un exercice délicat : parler d’avenir à ceux qui ont dû partir pour s’en construire un. Là, la politique n’a pas le droit d’être creuse. Elle doit écouter autant qu’expliquer.

L’après-midi, changement de décor et de ton. Au Cirque d’Hiver Bouglione, place au spectacle organisé par l’Union valdôtaine de Paris. Des animations pensées pour les enfants et les familles, parce que l’identité ne se transmet pas par décret mais par le rire, les chansons, les souvenirs fabriqués ensemble. C’est peut-être là, entre deux applaudissements, que se joue la survie réelle d’une culture minoritaire : quand les plus jeunes comprennent que leurs racines ne sont pas un folklore poussiéreux mais une histoire qu’on peut continuer à raconter.

À 17h30, retour à la Maison du Val d’Aoste pour la cérémonie institutionnelle. Discours, poignées de main, photo de famille. Le Président de la Région Renzo Testolin, le Président de l’Union valdôtaine de Paris Jean-Baptiste Pedretti et Elisa Cicco, syndique de Valtournenche – future terre d’accueil de la Rencontre 2026 – prendront la parole. Mais l’essentiel ne sera pas seulement dans les mots. Il sera dans les regards échangés entre générations, entre ceux qui sont partis il y a cinquante ans et ceux qui viennent d’arriver, entre ceux qui ont fait leur vie ailleurs et ceux qui hésitent encore à partir.

Le moment d’amitié qui suivra, porté par la Fondation pour la formation professionnelle en tourisme de Châtillon et les voix du chœur Les notes fleuries du Grand-Paradis, rappellera une évidence trop souvent oubliée : l’émigration n’est pas une blessure honteuse, mais une composante structurelle de l’histoire valdôtaine. Une région qui n’a jamais vécu repliée sur elle-même, mais en dialogue constant avec l’extérieur.

Dans un monde où l’on parle d’identité comme d’un mur à ériger, l’Arbre de Noël de Paris raconte autre chose : une identité qui circule, qui se transforme, qui s’enrichit sans se dissoudre. Une Vallée d’Aoste qui accepte que l’on puisse l’aimer de loin, parfois même mieux de loin, avec cette lucidité affectueuse que seul l’exil permet.

Et au fond, ce rendez-vous parisien pose une question simple et dérangeante : la Vallée sait-elle encore parler à ses enfants partis comme elle sait les célébrer une fois par an ? L’Arbre de Noël est une fête, oui. Mais c’est aussi un miroir. À chacun d’avoir le courage de s’y regarder sans se raconter d’histoires.

j-p.sa.

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