Il ne s’agit peut-être “que” d’une réforme électorale, mais dans les mots de Joël Farcoz, président de l’Union Valdôtaine, ce débat prend une toute autre ampleur : un appel à penser la démocratie valdôtaine dans sa profondeur, et non comme un simple mécanisme technique.
« Certains affirment qu’il ne s’agit pas d’une réforme électorale. Peut-être ont-ils raison. Mais peut-être sous-estiment-ils aussi l’impact du retour aux trois préférences, combinées à la préférence de genre. »
Ce retour aux trois préférences, après des années de préférence unique, n’est pas anodin. Il marque une rupture, voire une tentative de rééquilibrage, après une phase où l’individualisme politique a grignoté la substance même de l’engagement collectif.
« La préférence unique a vidé la politique de sa substance – soyons-en conscients. Elle a affaibli les mouvements, les partis politiques. Elle a permis à chaque élu de considérer les voix reçues comme purement personnelles. »
Dans un paysage politique valdôtain souvent fragmenté, Farcoz semble revendiquer un retour à la culture du mouvement, à l’idée d’appartenir à un projet commun, plutôt qu’à une course solitaire vers le pouvoir.
« La possibilité de différencier nos préférences électorales reflète profondément notre identité. »
L’Union Valdôtaine, dans cette note, ne se limite pas à défendre une position technique : elle cherche à faire émerger une vision. Celle d’une politique d’équipe, intergénérationnelle, enracinée dans le long terme plutôt que dans la figure d’un “leader providentiel”.
« Aujourd’hui, à l’échelle mondiale, on assiste à un inquiétant retour du culte de la personnalité. [...] La Vallée d’Aoste a besoin d’équipes, de jeunes et de moins jeunes, de personnes au service du bien commun. »
À travers cette mémoire, l’Union remet aussi en question le modèle présidentialiste, de plus en plus convoité dans certaines sphères de la politique locale.
« Je persiste à dire que le présidentialisme en Vallée d’Aoste signerait la fin de notre démocratie régionale. »
On pourrait y voir une posture conservatrice, une peur du changement. Mais Farcoz répond à cette critique avec un réalisme lucide : « La loi électorale parfaite n’existe pas. Chaque loi est fille de son temps. »
Reste alors à se demander si notre temps justifie un retour aux sources, ou s’il exige des réformes plus profondes, plus radicales. Une chose est sûre : dans une Vallée d’Aoste où la participation électorale recule et où les partis peinent à se renouveler, toute réforme des règles du jeu a un impact décisif.
« Les règles du jeu déterminent un bon ou un mauvais avenir. »
Et Farcoz de conclure, avec un appel au discernement, à une conscience collective du moment politique : « Réfléchissons, Valdôtains, réfléchissons ! »












