Le dialogue entre territoires, lorsqu’il porte sur l’organisation des institutions, la représentation politique et la capacité des communautés à décider de leur avenir, dépasse largement le cadre d’une simple visite de courtoisie. C’est dans cette perspective que s’inscrit la rencontre prévue au Conseil de la Vallée avec une délégation d’anciens députés du Parti libéral-radical neuchâtelois, en visite en Vallée d’Aoste du 18 au 22 septembre 2026.
Le rendez-vous aura lieu lundi 21 septembre à 14h30, dans le cadre de l’initiative « Portes ouvertes », et permettra aux représentants suisses de découvrir de plus près le fonctionnement institutionnel valdôtain. La présentation portera notamment sur les compétences exercées par la Région en vertu de son Statut d’autonomie, ainsi que sur le rôle et le fonctionnement de l’Assemblée régionale.
Au-delà de la dimension protocolaire, la rencontre présente un intérêt politique évident. Elle met en présence deux territoires dont les systèmes institutionnels sont différents, mais qui partagent une forte tradition de représentation territoriale et une attention particulière portée aux spécificités de leurs communautés. D’un côté, la Vallée d’Aoste, collectivité autonome dotée d’un statut spécial au sein de la République italienne ; de l’autre, le canton de Neuchâtel, inscrit dans une tradition fédérale suisse où les cantons disposent de compétences importantes et d’une identité institutionnelle fortement affirmée.
La comparaison entre ces deux expériences permet ainsi d’aborder la question de l’autonomie sous un angle concret. Il ne s’agit pas seulement de comparer des textes statutaires ou des architectures administratives, mais de réfléchir à la manière dont les institutions peuvent donner une traduction politique aux particularités historiques, culturelles, linguistiques et territoriales d’une communauté.
Le Président du Conseil de la Vallée, Stefano Aggravi, insiste précisément sur cette dimension lorsqu’il se réjouit « d’accueillir au Conseil de la Vallée des personnalités qui ont elles-mêmes participé à la vie parlementaire de leur canton ». La présence d’anciens élus neuchâtelois donne en effet à la rencontre une dimension particulière : celle d’un échange entre personnes ayant directement participé à la vie démocratique et institutionnelle de leur territoire.
Pour Aggravi, cette rencontre doit permettre de « partager nos expériences et de mieux connaître les réalités qui caractérisent nos deux territoires, au-delà de leurs différences institutionnelles ». Une approche qui donne à l’initiative une portée qui dépasse la simple présentation du fonctionnement du Conseil de la Vallée. La confrontation avec l’expérience neuchâteloise peut en effet contribuer à alimenter une réflexion plus large sur la place des territoires dans les systèmes politiques contemporains et sur les conditions permettant à une communauté de préserver et de développer ses particularités.
La référence à la Suisse n’est évidemment pas anodine. Le fédéralisme helvétique constitue depuis longtemps un point de comparaison pour les territoires européens qui revendiquent davantage de responsabilités et de capacité de décision. La Vallée d’Aoste évolue dans un cadre institutionnel différent, mais son expérience d’autonomie spéciale repose elle aussi sur la reconnaissance de caractéristiques propres, notamment sur les plans linguistique, culturel et géographique.
C’est précisément dans cette différence que peut résider l’intérêt du dialogue. L’autonomie valdôtaine ne peut pas être assimilée au fédéralisme suisse et le modèle cantonal neuchâtelois ne saurait être transposé directement en Vallée d’Aoste. Mais la comparaison permet de poser une question politique essentielle : jusqu’où un territoire peut-il et doit-il pouvoir décider lui-même des politiques qui concernent directement sa population ?
La rencontre du 21 septembre permettra donc également de replacer l’autonomie dans une perspective européenne et transfrontalière. Loin d’être une question exclusivement valdôtaine ou italienne, la capacité des territoires à défendre leurs particularités et à participer directement à la définition de leurs politiques constitue un enjeu qui traverse de nombreux systèmes démocratiques.
Dans cette perspective, l’initiative « Portes ouvertes » prend elle aussi une dimension politique. En ouvrant les portes du Conseil de la Vallée à des représentants d’une autre réalité parlementaire, elle permet de renforcer les échanges et de faire connaître, au-delà des frontières régionales, le fonctionnement d’une institution qui constitue l’un des piliers de l’autonomie valdôtaine.
Stefano Aggravi souligne d’ailleurs que cette rencontre marque « la reprise de l’initiative “Portes ouvertes” après la pause estivale et ouvre une nouvelle saison de rendez-vous ». Une reprise qui intervient donc avec un rendez-vous particulièrement significatif, placé sous le signe du dialogue institutionnel et de la comparaison entre deux expériences politiques territoriales.
Entre la Vallée d’Aoste et Neuchâtel, le débat ne portera pas uniquement sur la manière dont fonctionnent deux institutions différentes. Il touchera à une question plus profonde : celle de la capacité d’un territoire à être acteur de son propre destin. Et c’est précisément sur ce terrain que le dialogue entre les deux délégations peut prendre une véritable portée politique, en rappelant que l’autonomie, au-delà des compétences juridiques qui la définissent, demeure avant tout une question de responsabilité, de représentation et de confiance dans les communautés locales.













