La réforme de la loi électorale nationale ravive les tensions entre Rome et la Vallée d’Aoste. Dans un communiqué commun, l’Union Valdôtaine, Rassemblement Valdôtain et Stella Alpina expriment leur profonde inquiétude face aux modifications introduites au cours de l’examen parlementaire concernant le système électoral applicable à la région autonome lors des élections législatives. Pour les trois formations autonomistes, ces changements ne constituent pas une simple adaptation technique : ils touchent au cœur même des garanties institutionnelles prévues par le Statut spécial et remettent en question un équilibre construit depuis la naissance de la République italienne.
Selon les signataires, la réforme porte atteinte au principe de la circonscription autonome valdôtaine inscrit à l’article 47 du Statut spécial d’autonomie, adopté par l’Assemblée constituante. À leurs yeux, la logique historique du scrutin uninominal est profondément dénaturée, au point de contrevenir à une disposition de valeur constitutionnelle. Ils rappellent que ce système permettait jusqu’à présent d’assurer une représentation directe des citoyens valdôtains au Parlement, tout en empêchant que la région ne devienne un simple réservoir de voix au profit de candidats choisis par les appareils nationaux.
Les autonomistes mettent en garde contre le risque de voir émerger des candidatures locales utilisées essentiellement pour alimenter les résultats de formations politiques à l’échelle italienne, favorisant l’élection de parlementaires sans lien réel avec la Vallée d’Aoste. Une telle évolution, soulignent-ils, romprait avec l’esprit qui a toujours guidé l’organisation institutionnelle de la région autonome et réduirait la capacité des Valdôtains à faire entendre une voix spécifique dans les débats nationaux.
Les trois mouvements annoncent leur intention de mobiliser « tous les instruments » politiques et institutionnels à leur disposition afin d’obtenir une correction du texte lors de son examen au Sénat. Ils appellent notamment la sénatrice Nicoletta Spelgatti à défendre les modifications nécessaires pour rétablir le dispositif actuellement en vigueur et préserver les garanties reconnues à la Vallée d’Aoste.
Le communiqué rappelle également la continuité historique du système électoral valdôtain. Depuis l’élection de l’Assemblée constituante en 1946, la Vallée d’Aoste constitue une circonscription uninominale. Ce mécanisme a été confirmé dans toutes les lois électorales successives pour la Chambre des députés, sans interruption au cours des dix-neuf législatures de la République. La même continuité s’est appliquée au Sénat, où la réforme électorale de 1993, connue sous le nom de loi Mattarella, avait définitivement consolidé cette spécificité.
Pour les formations autonomistes, le caractère inédit de la réforme actuelle renforce encore sa portée politique. Elles soulignent qu’en près de quatre-vingts ans d’histoire républicaine, aucun gouvernement, aucun responsable politique ni aucun constitutionnaliste n’avait envisagé de remettre en cause un dispositif considéré comme l’une des expressions concrètes de l’autonomie valdôtaine. Elles estiment que le texte adopté par la Chambre des députés traduit une volonté politique d’affaiblir le poids institutionnel de la région, dénonçant le « triomphalisme » de ceux qui ont soutenu une réforme jugée incompatible avec le Statut spécial.
Au-delà de la seule question technique de la loi électorale, cette controverse illustre une nouvelle fois la sensibilité des rapports entre l’État italien et ses autonomies spéciales. Pour les partis signataires, la défense de la circonscription uninominale dépasse le cadre d'un débat sur les modalités du vote : elle touche à la capacité de la Vallée d’Aoste de préserver une représentation politique adaptée à sa réalité linguistique, culturelle et institutionnelle. À leurs yeux, l’issue du débat parlementaire au Sénat constituera un test majeur de la volonté de l’État de respecter les garanties constitutionnelles accordées aux territoires autonomes et, plus largement, de préserver l’équilibre entre unité nationale et reconnaissance des spécificités régionales.













