Le Conseil de la Vallée a approuvé, à l’issue de la séance des 9, 10 et 11 juin 2026, une proposition de loi modifiant la loi régionale instituant l’Observatoire permanent de la légalité et de la criminalité organisée de type mafieux. Le texte a été adopté par 29 voix favorables et 5 voix contre.
Déposée le 25 février dernier par les membres du Bureau de la présidence – Stefano Aggravi, Loredana Petey, Massimo Lattanzi, Laurent Viérin et Corrado Bellora –, la proposition a été remaniée en première Commission « Institutions et Autonomie » à la suite de plusieurs amendements issus d’un dialogue entre les groupes politiques. Les cinq amendements présentés en séance par le groupe Alliance Verte et Gauche ont, en revanche, été rejetés.
La réforme introduit plusieurs nouveautés importantes. Les assesseurs régionaux chargés de l’instruction et des politiques sociales, ou leurs délégués techniques, rejoignent désormais l’Observatoire, tout comme les associations environnementales, aux côtés des organisations antimafia, anti-usure, antiracket et de défense des consommateurs. Les compétences de l’organisme sont également élargies afin d’inclure des phénomènes tels que le travail irrégulier, la corruption et le blanchiment d’argent.
Le texte prévoit aussi un renforcement de la coopération avec les instances institutionnelles compétentes en matière de légalité, la possibilité de recourir à des experts extérieurs ainsi que la conclusion de protocoles avec les universités et les centres de recherche. Le comité technique permanent disparaît au profit de consultations spécialisées ponctuelles. Une enveloppe annuelle de 30 000 euros est par ailleurs prévue à partir de 2026 afin de financer des actions de formation, de sensibilisation et d’appui scientifique.
Au nom de la majorité, Loredana Petey a expliqué que l’expérience acquise depuis la création de l’Observatoire avait démontré la nécessité d’une mise à jour de la législation. Selon elle, la réforme vise à renforcer la représentativité de l’organisme, à clarifier ses missions et à améliorer son soutien scientifique. Elle a également souligné que l’intégration des assesseurs chargés de l’éducation et des politiques sociales répond à la volonté de renforcer la prévention à travers l’éducation à la citoyenneté et l’attention portée aux situations de fragilité sociale.
Toujours selon Loredana Petey, l’Observatoire demeure un organe d’analyse, d’étude et de promotion de la culture de la légalité, sans compétence de contrôle ou d’inspection. Son objectif est désormais de diffuser davantage les bonnes pratiques et de promouvoir une administration fondée sur la transparence, la responsabilité et le respect de la légalité.
Pour l’opposition, Fulvio Centoz a exprimé plusieurs réserves, notamment sur la suppression du comité technique permanent. Il a rappelé que cette structure avait permis, depuis 2022, la réalisation d’analyses sur la présence de la criminalité organisée en Vallée d’Aoste, l’élaboration d’outils destinés aux collectivités locales ainsi que des actions de formation comme le projet « Jeunes ambassadeurs de la légalité ». Selon lui, des consultations ponctuelles ne pourront garantir ni la continuité des travaux ni l’indépendance scientifique de l’Observatoire.
Fulvio Centoz a également estimé que la présence d’assesseurs régionaux disposant du droit de vote au sein d’un organisme chargé d’émettre des avis sur les politiques régionales crée un risque de conflit d’intérêts. À ses yeux, l’Observatoire devrait rester un organisme techniquement indépendant, doté d’une expertise permanente.
La cheffe de groupe de l’Alliance Verte et Gauche, Chiara Minelli, a également critiqué la réforme, qu’elle considère comme une politisation de l’Observatoire. Selon elle, la lutte contre les infiltrations mafieuses, la corruption et le blanchiment nécessite des compétences spécialisées permanentes et une plus grande autonomie vis-à-vis du pouvoir politique. Elle a regretté le rejet des amendements de son groupe, qui visaient notamment à maintenir un comité technique composé d’experts sélectionnés par une procédure publique.
Le vice-président du groupe Forza Italia, Marco Sorbara, a mis l’accent sur le rôle éducatif de la réforme. Il a insisté sur l’importance de transmettre aux jeunes les valeurs de la légalité, du respect et de la responsabilité, estimant que l’Observatoire devait devenir un acteur permanent de sensibilisation dans les écoles, les universités et le monde associatif.
Premier signataire de la proposition de loi, le président du Conseil Stefano Aggravi a expliqué que le nouveau modèle s’inspire des expériences menées dans d’autres régions italiennes tout en étant adapté aux réalités de la Vallée d’Aoste. Selon lui, la création d’une structure stable au sein même du Conseil régional garantit davantage de continuité institutionnelle que le maintien d’un comité technique distinct.
Le conseiller secrétaire Corrado Bellora a, pour sa part, défendu la suppression du comité technique, estimant qu’aucun petit groupe d’experts ne peut prétendre couvrir à lui seul la complexité du phénomène mafieux. Il a jugé plus pertinent de recourir, selon les besoins, aux spécialistes les plus qualifiés dans chaque domaine.
Enfin, le vice-président du Conseil Massimo Lattanzi a rappelé que l’Observatoire conserve sa vocation d’organe consultatif chargé de suivre les phénomènes liés à la légalité. Il a ajouté que la première évaluation de la réforme, prévue dans un an, permettra d’en mesurer les résultats et, si nécessaire, d’y apporter des ajustements.
Les autres points inscrits à l’ordre du jour ont été reportés à la prochaine séance du Conseil régional, prévue les 24 et 25 juin 2026.












