Après l'image de la porte dans l'allégorie du bon berger (IVe dimanche), la deuxième lecture de ce dimanche nous présente Jésus comme la pierre « rejetée par les bâtisseurs, devenue la pierre d'angle ». Sans cette pierre, la construction est condamnée à la destruction.
En quoi consiste la pierre d'angle ? Où est-elle localisée ? Quelle est sa fonction ?
Dans l'Évangile, Jésus, qui est la pierre d'angle, est « vie, vérité et voie » pour notre existence authentique. Jésus se montre comme « méthodologie du Père », car qui le voit voit le Père.
1. JÉSUS EST LA PIERRE D'ANGLE
Dans la première lettre de saint Pierre apôtre, l'image de la pierre apparaît trois fois. Jésus est la pierre vivante, dépréciée, sous-estimée, rejetée par les hommes, mais précieuse devant Dieu.
L'apôtre nous recommande de nous approcher du Seigneur pour que notre vie ait de la consistance et résiste aux intempéries intérieures de notre existence précaire. En nous unissant à lui par un processus d'assimilation, nous devenons comme lui.
Nous participons ainsi à devenir des pierres vivantes qui édifient et fortifient nos communautés multidimensionnelles. Cette communauté est l'Église du Seigneur, qui transcende les murs cléricaux et les confins géographiques, car elle est assemblée sainte, peuple royal et sacerdotal.
Qui met sa confiance en Jésus, « cette pierre angulaire, choisie, précieuse, ne saurait connaître de honte ».
Mais cette pierre d'angle (lapis angularis), où est-elle localisée ?
Dans le style gothique, dont la racine germanique « Gottes » signifie Dieu, la pierre d'angle est en haut. Elle est aussi appelée « clef de voûte ». Sans cette pierre, la construction n'a pas de force pour se maintenir, et sa chute devient terrible.
Jésus, sagesse du Père, est lui-même la pierre d'angle sans laquelle nos vies, nos projets, tout tombe en ruine. « Ils achoppent, ceux qui refusent d'obéir à la Parole ».
2. JÉSUS, MÉTHODOLOGIE DU PÈRE
Face à la provocation de deux disciples apparemment turbulents mais concrets, Thomas et Philippe, Jésus réagit avec délicatesse et tendresse.
Il dit à Thomas : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ».
Il dit à Philippe : « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? Qui m'a vu a vu le Père ».
En quel sens Jésus est-il la voie, la vérité et la vie ?
Dans la langue grecque, le mot « méthodologie » est composé de trois éléments : destination (mèta), chemin (ódos) et parole (logos). Jésus dit qu'il est le chemin (ódos), sans lequel nous n'arrivons pas à la destination, à la vie véritable (mèta).
Notre marche est éclairée par sa parole de lumière (logos), qui est vérité (alètheia = dévoilement). Le psalmiste anticipe déjà la venue de Jésus, lumière, lorsqu'il prie ainsi : « Une lampe sur mes pas, ta parole, une lumière sur ma route » (Ps 119,105).
Personne dans l'histoire, excepté Jésus, n'a dit et ne dira qu'il est la vérité, qu'il est le chemin et la vie. La vérité est plus grande que nous, et notre intelligence se trompe, selon saint Augustin. La vérité, qui est la personne de Jésus, n'est pas régionale mais universelle.
Jésus est donc la méthodologie de la vie véritable en tant que médiateur unique entre Dieu et l'humanité entière. Il est la pierre angulaire qui maintient tout dans l'unité, mais qui fait aussi trébucher les ennemis du Royaume.
Qui le suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. Il est donc le sacrement du Père, au point que voir Jésus, c'est aussi contempler le Père que nul n'a jamais vu.
3. L'UNITÉ DANS LE CONTEXTE DE CONFLIT
Jésus dit : « Que deux ou trois soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d'eux » (Mt 18,20).
Quand les intérêts égoïstes deviennent prioritaires et que l'attachement au Christ, pierre vivante, devient optionnel, les divisions, les dissensions et les querelles éclatent et divisent la communauté.
C'est ce qui arrive dans la première communauté chrétienne. Le nombre des disciples augmentait et les denrées alimentaires diminuaient. Dans cette situation d'insécurité matérielle, la communion, la fraternité, la joie de croire et de partager perdaient leur ardeur.
Le service de la charité envers les veuves favorisait les convertis de culture hébraïque au détriment de ceux de langue grecque.
L'Esprit Saint est toujours à l'œuvre, surtout dans les moments sombres de l'histoire. L'Esprit de lumière inspire les apôtres à convoquer le premier concile afin de consolider l'unité de l'Église, qui risquait de se fragiliser.
Désormais, ceux qui s'occuperont du service des tables seront des diacres choisis parmi les disciples, tandis que les apôtres seront ministres du culte, de la prière et du service de la Parole.
L'Église du Seigneur, sur le plan humain, est toujours dynamique, toujours à réformer, selon les paroles de Lumen gentium : « Ecclesia semper reformanda ».
Pour affronter avec lucidité spirituelle et intellectuelle les défis nouveaux qui risqueraient de créer des schismes, il faut l'ouverture au souffle de l'Esprit Saint et l'attachement au Seigneur, pierre angulaire.
Quels sont les effets lorsque les charismes sont mis au service de l'Église, sans confusion ni mélange, dans la charité et dans la paix ?
La parole de Dieu devient féconde, le nombre des disciples se multiplie, et une grande foule de toute langue, peuple et nation parvient à louer le Seigneur. Luc préfère le verbe croître (auxáno), « se multiplier », dans la langue originale, plutôt que « féconder ».
La parole de Dieu, étant vivante, ne cesse de croître et de se multiplier là où la communauté vit dans la communion.
4. PRIÈRE POUR LA PAIX ET L'UNITÉ
Dans un monde où les ténèbres épaisses de haine, de lutte et de discorde semblent prévaloir sur la lumière de la paix, rends-nous, Seigneur, des artisans de justice et de concorde.
Transforme nos cœurs de pierre pour les rendre pierres vivantes, participant à l'édification de ton corps mystique, ton Église.
Rends-nous instruments d'unité, afin que les dons qui viennent de toi ne soient pas des sources d'antagonisme, mais des moyens pour bâtir un monde de frères, une nation sainte, un peuple sacerdotal où chacun trouve sa digne place et la joie de vivre avec les autres, dans le temps et pour l'éternité. Amen.
Bon dimanche, frères et sœurs.
Paix et joie dans nos cœurs et dans le monde.
Ton frère,
Abbé Ferdinand Nindorera












