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FEDE E RELIGIONI | 16 aprile 2026, 08:34

Le pape Léon XIV au Cameroun: un appel fort à la justice, à la paix et à la fin de la corruption

En visite officielle à Yaoundé, le pape Léon XIV appelle les autorités camerounaises à «briser les chaînes de la corruption» et à refonder la démocratie sur la justice, la transparence et la participation des jeunes. Un discours dense, entre exhortation morale et vision politique

Le pape Léon XIV au Cameroun: un appel fort à la justice, à la paix et à la fin de la corruption

Il y a des discours diplomatiques qui passent, et d’autres qui marquent. Celui prononcé à Yaoundé par Pape Léon XIV appartient clairement à la seconde catégorie: un texte dense, direct, presque incisif, qui dépasse les formules convenues pour toucher au cœur des fragilités politiques et sociales du Cameroun.

C’est dans le cadre solennel du Palais de l’Unité, symbole du pouvoir et de l’unité nationale, que le Souverain pontife a pris la parole le 15 avril, à l’issue de sa rencontre avec le président Paul Biya. Une visite qualifiée d’«historique», la quatrième d’un pape dans le pays, mais surtout un moment de vérité.

Dès les premières minutes, le ton est donné. Léon XIV ne se contente pas de saluer la richesse culturelle du Cameroun, cette «Afrique en miniature» dont «la variété n’est pas une fragilité, mais un trésor». Il pose immédiatement un diagnostic lucide sur l’époque: «Nous vivons une période où la résignation se répand» et où «un sentiment d’impuissance tend à paralyser le renouveau que les peuples ressentent profondément».

Face à ce constat, son objectif est clair: réveiller les consciences, en particulier celles des jeunes. «Que de faim et soif de justice! Que de soif de participation, de visions, de choix courageux et de paix!» lance-t-il, avant d’ajouter: «Mon grand désir est de toucher le cœur de chacun, en particulier celui des jeunes, appelés à façonner un monde plus juste».

Mais c’est sur le terrain politique que le discours prend toute sa portée. Revenant sur les tensions qui traversent certaines régions du pays, le pape évoque «des vies perdues, des familles déplacées, des enfants privés d’école». Et insiste: «Derrière les statistiques, il y a des visages, des histoires, des espérances brisées».

Dans ce contexte, il appelle sans détour à «rejeter la logique de la violence et de la guerre». La paix, précise-t-il, ne peut être un simple slogan: «Elle doit s’incarner dans un style, personnel et institutionnel, qui rejette toute forme de violence». Une «paix désarmée et désarmante», capable «d’ouvrir les cœurs et de susciter la confiance».

Le cœur du message, cependant, se situe ailleurs: dans une critique implicite mais ferme des dérives du pouvoir. S’appuyant sur la pensée de saint Augustin, le pape rappelle une vérité souvent oubliée: «Ceux qui commandent sont au service de ceux qu’ils semblent commander». Et il insiste: «Gouverner, c’est écouter réellement les citoyens, estimer leur intelligence et leur capacité à contribuer à des solutions durables».

Une vision exigeante de l’autorité, qui débouche sur un appel explicite à la responsabilité politique. «Servir son pays, c’est se consacrer au bien commun de tout le peuple», souligne-t-il, en insistant sur l’équilibre entre majorité et minorités.

Mais c’est sur la question de la corruption que le discours atteint son point culminant. Léon XIV appelle à «oser un examen de conscience et un saut qualitatif courageux». Puis, dans une formule forte destinée à rester, il exhorte les dirigeants à «briser les chaînes de la corruption qui défigurent l’autorité en la vidant de sa crédibilité».

Le message est sans ambiguïté: «La transparence dans la gestion des ressources publiques et le respect de l’État de droit sont essentiels pour rétablir la confiance». Et encore: «L’autorité publique est appelée à être un pont, et jamais un facteur de division».

Dans cette perspective, le pape élargit le regard au rôle de la société civile. Associations, ONG, leaders religieux et traditionnels sont appelés à jouer un rôle central: «Tous contribuent à former les consciences et à promouvoir la culture du dialogue». Une attention particulière est accordée aux femmes, «artisans infatigables de paix», dont la voix doit être «pleinement reconnue dans les processus décisionnels».

Enfin, Léon XIV revient sur un enjeu stratégique: la jeunesse. «Leur énergie et leur créativité sont des richesses inestimables», affirme-t-il, tout en mettant en garde contre les dangers du chômage et de l’exclusion. «La frustration peut engendrer de la violence», prévient-il, appelant à investir dans l’éducation, la formation et l’entrepreneuriat pour «endiguer l’hémorragie de talents».

Le discours se conclut sur une note d’espérance, mais aussi de responsabilité collective: «Le Cameroun dispose des ressources nécessaires pour surmonter les épreuves». À condition, précise-t-il, de s’engager «en faveur du dialogue, de la justice et du développement intégral».

Et comme un dernier rappel, presque une prière mais aussi un programme politique: «Que Dieu bénisse le Cameroun […] et accorde à tout le peuple de construire ensemble un avenir de justice et de paix».

Au-delà de la solennité, le message est limpide. La paix ne se décrète pas. Elle se construit. Et elle exige, d’abord, du courage.

red

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