Aujourd'hui, l'Église célèbre le dimanche de la miséricorde. Comment Jésus, vainqueur de la mort, manifeste-t-il la miséricorde du Père ?
L'évangéliste précise que Jésus ressuscité rejoint ses disciples « le premier jour de la semaine », qui renvoie au premier jour de la création. C'est le jour du soleil selon la tradition religieuse juive, devenu dies Domini, notre dimanche, Kyriakē hēméra, jour du Seigneur.
Avec la résurrection, Jésus est le vrai Soleil qui vient illuminer et réchauffer nos cœurs qui vivent dans les ténèbres et l'ombre de la mort. Il leur dit : « Paix à vous ! » Les dons de Pâques nous libèrent de la peur pour devenir missionnaires de la paix et de la joie.
1. LA MASURE DE LA PEUR ET LA JOIE DE VOIR JÉSUS
Qu'est-ce qu'une masure ? C'est une maison en ruine, pleine de fissures. Nous ne pouvons pas dire que la maison où se trouvaient les disciples était délabrée comme une masure. Elle pouvait être solide, mais il lui manquait l'essentiel.
Pour les disciples, Jésus, « pierre d'angle » qui fortifie nos cases intérieures, était mort sur la croix. Leur cœur était angoissé, la panique de la persécution était généralisée. Ils ne pouvaient pas comprendre que Jésus est vivant, comme il leur avait dit. Pour eux, tout est en ruine.
Ils ne formaient plus la communauté au vrai sens du terme : Judas s'est suicidé, Thomas s'était désolidarisé du groupe, Pierre vivait dans le remords pour avoir renié le Maître, les disciples d'Emmaüs retournaient chez eux. La vie communautaire était déjà fracturée dans la nuit où le Maître fut livré.
Leur être ensemble n'était plus une congrégation de sainteté, mais une agrégation de survie. Un brouillard épais couvrait leur cœur, car ils avaient perdu toute espérance.
Ils vivaient ce que nous ressentons en nos jours d'incertitude pour un lendemain désenchanté. Les disciples expérimentaient la suprématie de la volonté de puissance et la capacité de nuisance des arrogants.
Dans cette expérience d'enfer existentiel, où l'empire du mal semble prospérer tandis que le juste est persécuté, le Christ, notre paix, entre dans nos masures précaires quand les portes de la peur sont verrouillées.
Jésus entre dans nos maisons quand le sens de la vie devient absence de sens. Il vient transformer nos deuils en une danse.
2. PAIX À VOUS ! RECEVEZ L'ESPRIT
La paix du Christ transforme la maison de peur en une communauté d'harmonie. Le Fils de Dieu apparaît, fait épiphanie au groupe découragé, fatigué et déçu. Désormais, rien ne l'arrête, car sa glorieuse résurrection transcende le temps et l'espace. Il vient, et ne cesse de venir, quand nos portes sont fermées, pour nous donner sa paix.
En effet, la porte permet l'entrée et la sortie. Elle symbolise la liberté. Quand elle reste fermée à cause de la peur, ceux du dedans sont prisonniers, ceux du dehors sont étrangers. Il ne peut pas y avoir une communauté de joie et de paix dans un contexte de peur et de fermeture du cœur.
L'amour chasse la crainte, la paix nous libère de la peur. La résurrection crée une communauté de liberté, de charité, de paix et de mission. Tous ont un seul cœur et une seule âme. La prière sacerdotale de Jésus, qui offre son projet au Père pour que « tous soient un » (Jn 17,21), se réalise dans l'événement unique de la résurrection.
La première communauté chrétienne partageait la même foi, la même espérance et vivait dans la charité concrète : « Tous les croyants vivaient ensemble et avaient tout en commun. » La résurrection du Christ brise les chaînes des puissances négatives — égoïsme, avarice, jalousie — pour édifier une communauté missionnaire dont les signes distinctifs sont : miséricorde, attention à l'autre, pardon et réconciliation.
3. MON SEIGNEUR ET MON DIEU
Les dons que Jésus ressuscité offre à ses disciples sont : la paix, la joie, l'Esprit Saint, la mission et le pouvoir du pardon. Ces dons sont inséparables. Qui a vu Jésus avec les yeux de la foi devient serviteur de la joie et missionnaire de la paix sous le dynamisme de l'Esprit du Seigneur.
Jésus ne veut perdre personne : il donne toujours une chance à la brebis égarée de regagner le bercail. Cette brebis, c'est Thomas, appelé Didyme.
Peut-on dire qu'il était devenu athée ? Était-il profondément blessé par la cruauté avec laquelle les méchants ont traité son Maître ? Ne vivait-il pas une perte totale du sens ?
Cette nuit existentielle, cette mélancolie où tout devient nausée — taedium vitae — était la situation dans laquelle était plongée l'âme de Thomas. Thomas n'est pas athée : il ne se fie pas aux témoignages de ses amis. Il est disposé à croire, mais exige des preuves.
Les personnes comme Thomas sont nombreuses dans l'Église du Seigneur. Jésus, qui sait tout de nous, « quand nous nous levons ou quand nous nous asseyons » (Ps 138,2), n'abandonne pas son disciple dans la fosse spirituelle.
Il vient huit jours plus tard, alors que les portes étaient encore verrouillées, pour sauver aussi Thomas. Jésus s'adresse directement à lui, qui se convertit en faisant cette profession de foi devenue celle de l'Église : « Mon Seigneur et mon Dieu ».
Jésus complète cette profession sincère par une béatitude : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».
L'expérience de Thomas peut être appelée « la fatigue de l'âme en quête de sens », où toutes les convictions et connaissances s'avèrent insuffisantes. Seul Jésus vient combler nos vides, fortifier nos masures, redonner la joie de vivre et d'espérer.
4. PRIÈRE POUR LE DON DE LA FOI
Seigneur, comme les disciples avant ton apparition, nous avons peur de subir des persécutions. Nous oublions facilement le sens de ta Parole. Viens à notre secours.
Seigneur, viens ouvrir nos masures intérieures afin que nous passions des ténèbres à ton admirable lumière.
Comme Thomas, nous exigeons des conditions pour croire. Guéris nos cécités afin que nous croyions sans te voir et que nous proclamions : « Mon Seigneur et mon Dieu ».
Donne-nous la grâce de participer à ton héritage, qui ne connaîtra ni corruption, ni souillure, ni flétrissure, dans ton Royaume de paix et de joie. Amen.
Bon dimanche de la Divine Miséricorde.
Paix et joie dans nos cœurs et dans le monde.
Ton frère,
Abbé Ferdinand Nindorera












