Après son baptême, Jésus, mû par l'Esprit Saint, va au désert pour y être tenté. Le Fils de Dieu est solidaire de son peuple pèlerin dans le désert pendant quarante ans et de notre humanité exposée aux tentations dans le désert de la vie.
Jésus peut appliquer à sa vie ces paroles de Térence : « Humanum sum, humani nihil a me alienum puto » (Je suis homme, rien de ce qui est humain ne m’est étranger).
Saint Augustin s’interroge : « Unde ergo sunt mala ? » (D’où vient le mal ?). La seconde lecture nous montre que les tentations n’ont rien de fatal, car le Christ nous a justifiés et nous a libérés du serpent tentateur de nos premiers parents.
1. La liberté face à l’avidité
Dans la prière du Notre Père, nous demandons à Dieu de ne pas nous laisser entrer en tentation. Son Fils, en qui Il a mis toute sa complaisance, sait bien que personne n’est à l’abri des tentations. Il en a vécu l’expérience et il en est sorti victorieux. Il entre dans la situation dramatique de l’existence en vue de sauver l’homme dans ses situations misérables.
La première tentation est liée à nos besoins de survie, à l’instinct de l’avidité. La parole qui est au cœur de cette inclination est le verbe « manger ».
Dans la première lecture, le diable use d’un langage doux, mais plein d’ambiguïté. Il divise ce que Dieu a uni. En grec, le diable (diabolos) est celui qui sème la division et la confusion. En hébreu, Sātān signifie menteur.
Dans l’Évangile de Matthieu, Jésus a faim : son corps est consumé après quarante jours de jeûne, mais son esprit est en éveil, limpide, serein, libre. Le diable, dans sa malignité, provoque Jésus pour qu’il use de sa nature divine à des fins corporelles. Jésus refuse d’obéir au tentateur.
Pourtant, par amour pour l’humanité, Jésus change l’eau en vin aux noces de Cana (Jn 2,1-11). Il multiplie le pain pour rassasier la foule affamée (Mt 14,13-21). Il est lui-même le pain rompu pour notre faim. Jésus est Parole vivante et Pain qui donne la vie. Il se donne entièrement aux doux et humbles de cœur.
Il n’a donc pas besoin de changer la pierre en pain, puisque sa mission est de changer nos cœurs de pierre en cœurs de chair. Cette victoire sur la première tentation nous invite à ne jamais subordonner la Parole qui sort de la bouche de Dieu à nos besoins matériels, à nos assurances corporelles.
2. Victoire sur la vanité
Nous pouvons appeler la seconde tentation l’instinct de la vanité du spectacle. Le diable, dans son projet de nuisance, est persévérant. Matthieu nous raconte qu’après le premier échec, le diable place Jésus au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas. »
Les paroles détournées de leur contexte par le diable sont les suivantes :
« Le malheur ne peut fondre sur toi, ni la plaie approcher de ta tente ; il a pour toi donné ordre à ses anges de te garder en toutes tes voies » (Ps 91).
Nous devons éviter de lire la Parole de Dieu comme le diable. Le diable sait que Jésus est le Fils de Dieu, mais il use du conditionnel dans ses pièges. Il veut exposer le Fils de Dieu à la tentation du sensationnel, à la vanité, lui qui est la Vérité.
En outre, la distance que le Fils de Dieu a parcourue pour rejoindre l’humanité par son incarnation est incommensurable par rapport à la hauteur du Temple. En Jésus-Christ, Dieu, loin, s’est fait proche ; l’Infini est entré dans le fini.
Jésus déclare au tentateur : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Cette seconde tentation nous guette tous. Le diable ne nous demande pas de nier Dieu, mais de compter uniquement sur nos capacités physiques ou intellectuelles, en instrumentalisant la religion, en croyant que Dieu va nous sauver malgré tout. Quand l’homme vit « et si Deus non daretur » (comme si Dieu n’existait pas), la chute devient inexorable.
Cette tentation nous rappelle le deuxième commandement : « Tu ne prononceras pas le nom de Dieu en vain. »
3. Victoire sur la boulimie du pouvoir
La troisième tentation est liée à l’instinct du pouvoir et de la gloire mondaine, appelée par les Grecs boulímia, qui signifie faim (limós) du bœuf (boûs). Il s’agit d’une faim vorace, insatiable de domination.
Le symbole de la hauteur est présent dans les deux dernières tentations. Cette terrible tentation est celle de la « folie de grandeur », née de la volonté de puissance.
Le diable est toujours menteur : il promet ce qui ne lui appartient pas et exige en échange d’être adoré. En effet, Jésus est le Roi des rois, car tout a été créé par lui et pour lui ; sans lui, rien ne fut.
Lors de la Passion, Jésus dit à Pilate : « Tu le dis, je suis roi. Mon royaume n’est pas de ce monde. »
Les adeptes du royaume de ce monde divinisent le pouvoir. Lorsqu’ils constatent le crépuscule de cette idole, ils deviennent violents et sanguinaires. C’est pourquoi les peuples gouvernés par les idolâtres du pouvoir vivent dans une forme d’enfer.
Le royaume de Jésus, au contraire, est celui de justice, d’amour et de paix, en lutte permanente avec la cité terrestre où le juste est persécuté et l’injuste adoré.
Avant de quitter ce monde pour monter au ciel, Jésus conduit ses disciples sur la montagne, leur montre tous les royaumes de la terre et leur dit :
« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez dans le monde entier, faites des disciples, baptisez-les au nom de la Trinité. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28,18-20).
Le diable est l’usurpateur d’un pouvoir qui n’est pas le sien. Jésus est ferme envers lui et nous invite à imiter son attitude : « Retire-toi, Satan ! »
4. Prière de résistance contre les tentations
Toi qui ne nous tentes pas au-delà de nos forces, donne-nous la force de résister aux tentations et la grâce de la liberté devant les épreuves de ce monde.
Libère-nous de l’avidité, de la cupidité, de la vanité. Renforce en nous l’esprit de vérité, de liberté et de charité, et que tout se fasse dans l’humilité.
Donne-nous la force de l’amour pour vaincre l’indifférence du cœur.
Ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous de tout mal. Amen.
Bon dimanche de Carême.
Paix et joie dans nos cœurs et dans le monde.
Ton frère,
Abbé Ferdinand Nindorera











