« Ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort » (1 Co 1,27).
Le prophète Jérémie et l'apôtre Pierre sont conscients de leur misère. Comme le dessein de Dieu dépasse infiniment les calculs et les prévisions des hommes, ce sont ces hommes fragiles qui aiment le Seigneur d'un cœur sans partage qui auront la mission de prêcher et de gouverner le peuple de Dieu.
Notre méditation se concentre sur la souffrance du prophète et la crise vocationnelle de Pierre.
1. LA SOUFFRANCE DU PROPHÈTE
La première lecture nous présente le prophète Jérémie, fatigué, opprimé, voire même déprimé par la pesanteur de la mission. Il anticipe le port de la croix pour être disciple du Christ. Il souffre pour Dieu. Le prophète est en train de traverser la nuit de sa vocation.
Jérémie commence à décrire l'aspect positif de sa vocation en disant : « Tu m'as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire ; tu m'as fait subir ta puissance et tu l'as emporté. » Cette parole synthétise l'histoire personnelle de l'appelé. Une vocation qui ne part pas de cette séduction, de l'enthousiasme, de la joie d'être mis à part par le Seigneur, n'en est pas une.
Lors de l'ordination sacerdotale, tout semble être rose, sans épines. Mais, au fur et à mesure du temps, le poids des exigences de la mission se fait sentir. La proclamation de la parole de Dieu, en dénonçant le mal, crée souvent des persécutions, des incompréhensions, de la solitude, de la fatigue tant physique que psychique et de l'acédie spirituelle.
Cette existence prophétique, aux prises avec les contradictions du monde, est présente dans le cœur de tout prêtre, religieux, religieuse et de tout chrétien fidèle à sa mission.
Jérémie prenait la résolution de s'en aller, mais en lui brûlait le feu dévorant de l'amour de Dieu.
« Je me disais : je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. » Certains arrivent au point de faire les valises, mais la grâce de Dieu intervient d'une manière surprenante pour les faire renoncer à cette décision extrême.
C'est ce feu dévorant dont parle le prophète au plus intime de l'être, cette puissance de l'Esprit Saint qui combat en nous, pour nous, qui nous maintient dans le bon chemin et qui nous rend forts dans les tempêtes de la vie. Sans ce feu intérieur, la fidélité à n'importe quelle vocation est impossible.
2. LA CHUTE ET LE RELÈVEMENT DE PIERRE
Blaise Pascal affirmait : « Il faut se connaître soi-même. Même si cette connaissance ne servirait pas à connaître la vérité, elle servirait au moins à régler sa propre vie » (Pensée, 66).
Avec la grâce de Dieu, la connaissance de nos misères n'est pas opprimante, mais nous donne la force de suivre Jésus jusqu'au Calvaire.
L'Évangile de ce dimanche est la suite de la confession de Pierre que nous avons méditée dimanche dernier. Sur le plan anthropologique, cette première étape de l'expérience de Césarée de Philippe rendait Pierre important. Il se sentait valorisé, apprécié par Jésus, en obtenant la promesse d'être le majordome de son Église, avec le pouvoir des clés.
Comment alors Pierre manifeste-t-il sa misère sans tarder ? Pierre, dans sa spontanéité naturelle, se trompe, mais de bonne foi. Il ne sait pas qu'il contrecarre la mission du Rédempteur.
D'une part, son opposition est un sentiment de tristesse pour celui qu'on aime et qui va vers la mort. D'autre part, Pierre avait une vision politique du Messie, un révolutionnaire qui vient « renverser les puissants de leurs trônes et élever les humbles » (Lc 1,52).
Jésus, qui nous scrute et nous connaît, voit ce qui est caché dans le cœur de Pierre, qui représente chacun de nous.
Il ne comprend pas encore que la gloire du Christ se réalise à travers le scandale de la croix. Face à cette révélation, Pierre ne peut pas se taire dans sa spontanéité. Il n'écoute pas, mais veut donner des leçons au Maître en disant : « Dieu t'en garde, Seigneur ! Cela ne t'arrivera pas » (Mt 16,22).
Le bienheureux Pierre devient le malheureux jusqu'à être assimilé à Satan, car ses pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. L'évangéliste ne nous dit pas comment Pierre s'est senti, mais nous fait comprendre que la foi de Pierre est en train de traverser la nuit vers l'aube nouvelle de la résurrection du Christ.
3. LES CONDITIONS POUR SUIVRE JÉSUS
La chute de Pierre devient l'occasion pour Jésus de préciser les conditions pour le suivre. Les disciples sont appelés à passer du simple enthousiasme à l'adhésion sincère « au cas sérieux » de la croix.
Jésus disait déjà dans le discours de la montagne que, pour être digne du Royaume, il faut s'efforcer de passer à travers la porte étroite qui mène à la vie, car large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition (Mt 7,13-14).
Dans cet extrait de l'Évangile du jour, la condition pour être un vrai disciple du Christ se résume en trois verbes : renoncer, prendre et suivre.
Premièrement, le disciple du Christ doit renoncer à soi-même, pour lui appartenir totalement. Deuxièmement, il est appelé à prendre sa propre croix par amour pour le Christ. Enfin, il doit décider librement de marcher à sa suite.
Renoncer à sa propre vie pour suivre le Seigneur signifie, selon le langage de saint Augustin, « l'amour de Dieu jusqu'à l'oubli de soi qui s'oppose à l'amour de soi jusqu'à l'oubli de Dieu » (cf. La Cité de Dieu, XIV, 28).
Prendre sa croix nous enseigne la liberté dans la souffrance pour l'amour du Seigneur et pour la libération de nos frères et sœurs qui vivent dans la captivité du mal moral, structurel, collectif et politique. Chacun de nous a une croix, et Dieu nous donne la force pour la porter jusqu'au bout si nous y consentons.
Jésus ne nous enseigne pas une nouvelle philosophie de vie destinée à une minorité d'élus, mais nous montre que tout ce qui nous constitue, petit ou grand — les richesses du monde, la science, le pouvoir, l'art, la technologie, les merveilles du monde —, tout cela est bon si nous sommes unis au Créateur.
Mais si nous vivons « et si Deus non daretur », comme si Dieu n'existait pas, « tout passe, tout coule, tout s'écroule, tout s'effondre ». Jésus nous libère des vanités pour fonder notre existence sur la Vérité vivante et concrète qui est lui-même.
4. PRIÈRE DE CONFIANCE
Seigneur, tu nous scrutes et nous connais. Tu sais tout. Tu connais nos misères. Tout ce qui est digne, noble et fort en nous vient de toi, et nos vanités, nos mesquineries viennent de notre amour-propre.
Comme Pierre, nous nous mettons à genoux et crions : « Seigneur, je suis un homme de peu de foi, mais tu sais bien que je t'aime. »
Dans mes peurs, viens à mon aide. Dans mon expérience de succès, aide-moi à me réjouir en toi. En toi est la source de vie ; par ta lumière, nous voyons la lumière.
Rends-nous témoins vivants de ton amour auprès de tous ceux qui t'ont suivi, et que le pouvoir dans ton Église ne soit pas l'objet d'oppression ou de convoitise, mais un service dans l'humilité et dans la charité, pour ta plus grande gloire.
Amen.
Bon dimanche, frères et sœurs.
Paix et joie dans nos cœurs et dans le monde.
Ton frère,
Abbé Ferdinand Nindorera










