XVIII D.T.O., A
La circonstance qui pousse Jésus à se retirer dans un endroit désert est tragique. Le Fils de Dieu est en deuil à cause de l'assassinat, par décapitation, du dernier prophète et bien-aimé Jean Baptiste. Jésus lui rend ce témoignage : « Oui, je vous le dis, il est plus qu'un prophète. C'est celui dont il est écrit : Voici que moi, j'envoie mon messager en avant de toi pour préparer ta route devant toi » (Mt 11,9-10).
Jean Baptiste est le seul prophète qui a vu et qui a nommé « l'Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde » (Jn 1,29). Cette retraite de Jésus est significative pour chacun de nous. Quand je suis angoissé par la mort d'une personne bien-aimée, quand je traverse des moments de tribulation, comment est-ce que je me comporte ? Est-ce que j'ai le courage de me retirer pour fixer mon regard vers le ciel afin d'offrir mes tourments au Père ?
Les lectures de ce dimanche nous orientent sur la façon d'affronter les épreuves.
1. VOUS TOUS QUI AVEZ SOIF, VENEZ VERS L'EAU
Cette invitation qui conclut le second livre d'Isaïe nous comble de joie et d'espérance. Cette soif n'est pas simplement corporelle. Il s'agit surtout de la soif qui habite en nous du sens juste de la vie.
Même sur le plan matériel, donner à boire à un assoiffé dans le désert de la vie est un geste de miséricorde qui ouvre la porte d'accès au paradis. Dans le discours sur le jugement dernier, celui qui donne à boire à celui qui a soif, et pour lequel Jésus s'identifie, est déclaré juste et sera bienheureux.
Dans l'épisode de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine, Jésus se fait mendiant d'eau, alors qu'il est lui-même l'eau vive.
Dans cette première lecture, Dieu, à travers le prophète, fait une invitation à tous pour prendre place au festin, sans rien payer. Il dit : « Vous tous qui avez soif, venez vers l'eau, même si vous n'avez pas d'argent... Venez, achetez sans argent, sans payer, du vin et du lait ».
L'impératif « venez » revient souvent. On dirait que Dieu implore l'homme de venir à Lui. C'est le propre de la miséricorde divine qui ne s'impose pas, mais se propose pour notre bien.
Il nous invite à boire du lait et du vin gratuitement. Que symbolisent ces boissons ?
Dans la mythologie grecque, le vin et le lait sont des liquides sacrés qui symbolisent la vie divine. Dionysos est le dieu de la vigne et de la fête. Zeus sera nourri de miel et de lait dans la grotte où sa mère Rhéa l'avait caché pour ne pas être tué par son père Cronos.
Cette divinité terrible est le père du temps chronologique qui mange à chaque instant ses fils. Par contre, le Père de Jésus Christ donne la vie à ses enfants en les nourrissant du lait et du miel du rocher, car « éternel est son amour » (Ps 99,5).
Il s'agit donc d'une invitation à participer au banquet messianique de la nouvelle alliance. Cette invitation sera réalisée dans le mystère de l'Eucharistie qui anticipe la joie de la vie éternelle.
Jésus dit à tous les assoiffés et affamés : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai » (Mt 11,28).
2. LA COMPASSION ET L'ACTION
Jésus a un cœur qui bat devant la tribulation liée à l'insuffisance humaine à s'affranchir elle-même. Cette prophétie d'Isaïe s'accomplira dans le mystère de l'Incarnation, car « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3,16).
Jésus réalise sa mission à travers des attitudes pleines d'humanité accompagnées par son action concrète. Il est attentif aux besoins matériels tout en donnant ce que l'homme n'osait pas espérer.
Son regard plein de tendresse pénètre jusqu'au fond du cœur pour voir nos besoins les plus authentiques et inexprimés. En descendant de la barque, il voit une grande foule, il est pris de compassion et guérit leurs infirmités.
Cette foule nombreuse, pleine de vulnérabilité, n'est pas une masse anonyme au regard de Jésus. Chacun est aimé tel qu'il est, chacun est guéri de sa propre maladie. Chacun se sent considéré par Jésus.
Tandis que les disciples restent dans la logique de l'impossibilité de nourrir cette foule, Jésus rend l'impossible possible. Cinq morceaux de pain et deux poissons nourrissent plus de cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants.
Avant d'accomplir le signe réservé à Dieu lui-même, il fait participer les disciples sceptiques à ce mystère en leur disant : « Donnez-vous vous-mêmes à manger ».
Le miracle se situe dans la loi de la charité. Un pain partagé ne diminue pas, mais tend à augmenter. Dieu ne veut pas agir seul. Chacun est invité à rendre disponibles ses miettes de pain, car « qui t'a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi », dit saint Augustin.
L'autre aspect de cet admirable épisode est le respect que Jésus réserve à cette foule. Il les fait asseoir sur l'herbe dans ce désert, ce qui paraît paradoxal. Au désert, il n'y a pas d'herbe, mais du sable chaud.
Jésus est le Bon Pasteur qui nous fait reposer dans les verts pâturages (Ps 23,2). L'amour de Jésus pour l'humanité fait fleurir nos déserts.
3. RIEN NE PEUT NOUS SÉPARER DE L'AMOUR DU CHRIST
Notre liberté trouve sa force quand nous sommes unis au Christ. Jésus, en guérissant les malades et en rassasiant la foule, n'élimine pas pour autant notre condition mortelle sur cette terre.
Il dit à ses disciples : « Dans le monde, vous aurez à souffrir. Mais gardez courage, j'ai vaincu le monde » (Jn 16,33).
Saint Paul, en nous encourageant à demeurer dans l'amour du Christ, s'interroge : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » « Qui nous séparera de l'amour du Christ ? »
À ces questions qui touchent la personne dans sa totalité, saint Paul répond en énumérant les forces obscures qui peuvent menacer notre appartenance au Christ. Ces forces sont : la détresse, l'angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger et le glaive.
La conclusion est d'une telle assurance que, si nous restons unis au Seigneur, nous devenons vainqueurs avec lui.
Saint Paul dit : « Oui, j'en ai la certitude : rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8,38-39).
4. PRIÈRE DE GUÉRISON
Seigneur, nous venons comme cette foule qui te cherche, car sans toi nous sommes perdus.
C'est toi, Seigneur, qui étanches notre soif et apaises notre faim.
Guéris nos surdités pour être à l'écoute de ta Parole de vie.
Ouvre nos bouches pour chanter les merveilles de ton amour.
Libère-nous de nos paralysies pour venir vers toi, car « en toi est la source de la vie ; par ta lumière, nous voyons la lumière » (Ps 36,10).
Accorde-nous l'intelligence de la foi pour que nous sachions distinguer l'essentiel qui nous comble de la vraie joie des accessoires qui ne nous épargnent pas la fatigue.
Augmente en nous cette certitude que rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur.
Amen.
Bon dimanche, frères et sœurs.
Paix et joie dans nos cœurs et dans le monde.
Ton frère,
Abbé Ferdinand Nindorera











