Les lectures de ce dimanche font un clin d'œil à l'humanité de notre temps, qui sombre dans l'obscurité où le « modus vivendi » est devenu malheureusement la menace de la « guerre de tous contre tous », selon Thomas Hobbes. Le Fils de Dieu est, lui, le Prince de la paix, non par des chars et des chevaux, mais par la douceur et l'humilité.
Face à la puissance des ténèbres qui pèsent sur notre humanité, Jésus nous fait cette invitation : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et je vous procurerai le repos ». Cet amour n’exclut personne, car « la bonté du Seigneur est pour tous » (Ps 144).
1. LE SAUVEUR VIENT SUR UN ÂNE
Les paroles qui allument l’espérance d’un peuple enchaîné et exilé nous sont annoncées par le prophète Zacharie. Voici son oracle : « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne. »
La foi en Dieu, riche en miséricorde, est source de notre joie, même quand tout semble décliner. La joie du Seigneur est notre rempart, dit le livre de Néhémie (Ne 8,10). Les forces destructrices ont leur temps limité, mais l’amour du Seigneur « s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent », selon la prière de la Vierge Marie, la Fille de Sion en personne.
La Vierge Marie chante ce sublime cantique de joie au moment où le fruit de ses entrailles, le Roi des rois, est en train de grandir dans son sein béni. Le Psaume 23 interroge et répond : « Mais qui est ce roi de gloire ? C’est le Seigneur, le roi de gloire, le vaillant des combats. »
Tandis que les rois de la terre étendent leur empire par le bain de sang, à cause de la faim démesurée des biens de la terre (pétrole, terres rares, or, argent, uranium…), ce Roi de gloire, doux et humble de cœur, monte sur un âne — cet animal méprisé, ce baudet, selon les « Fables de La Fontaine ».
Il fera disparaître les chars de guerre et proclamera la paix aux nations, en versant son sang précieux pour nous. Par son sang et par sa croix, nous sommes guéris.
2. PÈRE, JE TE RENDS GRÂCE
Que faire face aux souffrances, aux échecs de la vie ? Jésus nous invite à la prière de louange. Le Fils de Dieu lève les yeux vers le ciel et prie ainsi : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange. »
Le contexte de cette prière est douloureux. En effet, Jésus venait d’être rejeté par les villes gonflées de suffisance que sont Capharnaüm, Bethsaïde et Chorazin. En outre, Jean-Baptiste, en prison, commençait à douter de la puissance du Messie qu’il avait annoncé avec tant d’ardeur. Il envoie ses disciples pour lui demander : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »
Nous pouvons constater que Jean est emprisonné doublement : la prison qui sera suivie par la décapitation, et la prison de la dépression qui fait régresser sa foi.
Jésus affronte donc l’insuccès de la mission dans la prière. Son cœur est surabondant de gratitude envers le Père, qui a caché ces mystères aux arrogants mais les a révélés aux petits. Cette prière est en connexion avec les Béatitudes des pauvres en esprit, des affligés, de ceux qui pleurent l’injustice, des doux, des purs de cœur et des humbles.
Jésus, abandonné, ne fuit pas dans un spiritualisme déraciné, mais reste toujours enraciné dans le cœur du Père. Cette prière de Jésus est thérapeutique et pédagogique.
Devant les difficultés inévitables de la vie — comme la peur du lendemain, la persécution, la situation de l’étranger sans papiers ni moyens de subsistance — le chrétien en sort victorieux quand il lève les yeux vers le ciel en rendant grâce au Père, Seigneur du ciel et de la terre.
Saint Paul affirme : « Si vous vivez selon la chair, vous allez mourir ; mais si, par l’Esprit, vous faites mourir les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez. »
3. VENEZ À MOI, VOUS TOUS LES DÉSHÉRITÉS DE LA TERRE
La seconde partie de l’Évangile est une invitation réservée à tous ceux qui peinent sur le chemin de la vie : les personnes délaissées, blessées, les « ratés de la terre ».
Jésus proclame : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. » Jésus accomplit les paroles du prophète Zacharie. Il est ce roi juste, victorieux et pauvre, qui monte sur un âne pour les accablés de la vie.
Saint Paul avait écrit que « ce qui est fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; ce qui est faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort » (1 Co 1,27).
Selon saint Augustin, Dieu a choisi la voie contraire pour rejoindre l’homme. Par son Fils, il a participé à notre mortalité afin de permettre à cette humanité mortelle de prendre part à son immortalité.
Le cardinal Roger Etchegaray, dans son livre J’avance comme un âne, à temps et à contretemps, écrit qu’il est fou que Dieu vienne habiter parmi nous.
En union avec le Christ, les paroles du Psaume 19 s’avèrent plus efficaces que les bruits des drones qui jettent des bombes sur les pauvres sans défense : « Aux uns les chars, aux autres les chevaux ; à nous le nom de notre Dieu. Eux, ils plient, ils tombent ; nous, debout, nous tenons. »
Le monde actuel a besoin de souverains humbles, de rois justes, qui aient souci du pauvre qui invoque et de l’orphelin qui pleure.
Cette invitation à porter nos fardeaux devant le Seigneur n’est pas sans implication sacerdotale. La vocation sacerdotale est similaire à l’action de l’âne qui porte le Christ. Le prêtre est appelé à imiter cet âne qui porte le Christ à Jérusalem, tout en se laissant guider par lui.
À travers la vocation sacerdotale, le Christ dit au peuple fatigué : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et je vous procurerai le repos. » C’est dans l’Eucharistie et la confession que le Christ nous attend pour nous libérer de nos fardeaux intérieurs.
4. PRIÈRE POUR DEVENIR DES FOUS DE DIEU
« Seigneur, envoie-nous des fous qui s’engagent à fond, qui oublient, qui aiment autrement qu’en paroles, qui se donnent pour défendre la vérité jusqu’au bout. Il nous faut des fous déraisonnables, des passionnés capables de sauter dans l’insécurité, dans l’inconnu toujours béant de la pauvreté. Il nous faut des fous du présent, épris de vie simple, amants de la paix, purs de compromission, décidés à ne jamais trahir, méprisant leur propre vie, capables d’accepter n’importe quelle tâche, de partir n’importe où, à la fois obéissants, spontanés et tenaces, doux et forts.
Ô Dieu, envoie-nous des fous. » Père Louis-Joseph Lebret (1877–1966)
Bon dimanche frères et sœurs,
Paix et joie dans nos cœurs et dans le monde.
Ton frère,
Abbé Ferdinand Nindorera











