Face aux bouleversements et aux tensions belliqueuses de notre temps, que peut faire le juste « quand les fondations sont ruinées en profondeur » (Ps 10,3) ? Faut-il se taire ou risquer notre vie au nom de la vérité libératrice, comme nous le témoignent les prophètes et les disciples du Christ ?
Les lectures de ce dimanche nous interrogent et nous interpellent, en tant que chrétiens et hommes de bonne volonté vivant dans un monde hostile à la vérité.
La tâche du prophète, du disciple du Christ, est d'annoncer avec courage la Bonne Nouvelle du salut en dénonçant les « constructions grandioses mais déshumaines des nouvelles formes de tours de Babel » de notre temps (Léon XIV, Magnifica humanitas, 129).
1. Le prophète se sent étranger chez lui
Dans la première lecture, le prophète Jérémie affronte la solitude et l'abandon qui préfigurent la Passion du Christ. Il est persécuté, mais confie sa cause au Seigneur.
Il lève les yeux vers Dieu et prie :
« C'est pour toi que j'endure l'insulte, que la honte me couvre le visage. Je suis étranger pour mes frères, un inconnu pour les fils de ma mère. »
Pourquoi le prophète, et tout témoin de l'Évangile, subissent-ils des persécutions ?
La parole prophétique fait peur à « ceux qui ont mis leur nom sur la terre » (Ps 48,12). Le prophète vient comme un trouble-fête. Sa parole dénonce l'iniquité tout en annonçant la volonté de Dieu.
Sa vie est marquée par le renoncement à ses privilèges et sa présence devient un signe de contradiction. Dieu seul est « sa part d'héritage » (Ps 16,5).
Pendant la fausse paix construite par les hommes, le vrai prophète annonce la guerre imminente. Pendant les moments obscurs de l'histoire, il invite le peuple à espérer, à se confier au Seigneur et entrevoit l'avènement de la paix, « pourvu que le peuple ne revienne plus à sa folie » (Ps 84,9).
Le prophète Jérémie est donc un grand témoin qui endure la souffrance pour la cause de Dieu.
Alors que les faux prophètes ne font que prononcer des paroles adulatoires afin de gagner la sympathie des rois corrompus, la parole du vrai prophète est, au contraire, un feu dévorant, une épée à deux tranchants qui pénètre jusqu'à la moelle des os.
2. Gardez courage, ne craignez pas !
L'Évangile du jour est une invitation à vaincre la peur.
Jésus ne dit pas que les Apôtres connaîtront le bonheur sur cette terre de contradiction. Il leur donne plutôt la force de résister aux puissances du mal, structurelles et collectives, qui s'acharnent contre la vérité de son Évangile.
Trois fois Jésus leur répète :
- « Ne craignez pas les hommes. »
- « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l'âme. »
- « Soyez donc sans crainte : vous valez plus qu'une multitude de moineaux. »
Jésus encourage ses disciples à proclamer son Évangile sans peur, car le Père, dans sa providence, prend soin des moineaux du ciel et connaît jusqu'au nombre de nos cheveux. Il ne peut donc, en aucun cas, les abandonner.
Il recommande à ses disciples de vivre dans une confiance totale en Lui.
La mission doit éviter toute forme de panique, de lamentation stérile, de compromis ou de pessimisme qui conduirait au découragement devant les difficultés.
Dans le quatrième Évangile, Jésus les prévient :
« Dans le monde, vous aurez à souffrir. Mais ne craignez pas ! J'ai vaincu le monde. » (Jn 16,33)
La mission à laquelle participent les disciples appartient avant tout au Christ.
Jésus promet :
« Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps. » (Mt 28,20)
Saint Paul s'écrie :
« Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? »
La liberté, la gratuité, la disponibilité et le courage de prêcher la vérité sans détour, sans craindre les persécuteurs, sont enracinés dans l'amour du Christ, qui nous a aimés et qui a donné sa vie pour nous.
Par conséquent, dit le Seigneur :
« Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. »
Ainsi, la mission devient une décision existentielle prise dans le temps pour l'éternité.
3. La grâce a surabondé
Dans la seconde lecture, saint Paul établit un lien entre le péché, la mort, la justice et la grâce.
La grâce intervient non pour abolir la justice, mais pour libérer celui qui devrait être puni. Elle n'appartient pas à l'ordre du droit, mais à celui de la gratuité divine.
La mort est la conséquence du péché.
De quelle mort s'agit-il, puisque notre condition corporelle y est inévitablement soumise ? Après tout, meurt qui doit mourir.
Selon saint Augustin :
« Tout est incertain, sauf la mort. »
Mais la mort spirituelle est plus dangereuse que la mort corporelle.
Le péché, en tant que transgression volontaire de la loi divine, nous plonge, sans le secours gratuit de la grâce, dans cette mort que Maurice Blondel, philosophe de l'action, appelle « l'endettement éternel volontaire ».
L'homme, malgré toute sa bonne volonté, ne peut se sauver lui-même.
L'hérésie du pélagianisme, condamnée par saint Augustin, prétendait que la seule moralité humaine suffisait à obtenir le salut.
Saint Paul nous apporte un immense réconfort en nous indiquant l'unique chemin de la véritable libération : l'ouverture à la grâce de Dieu en Jésus-Christ.
Il affirme :
« Si la mort a frappé la multitude par la faute d'un seul, combien plus la grâce de Dieu s'est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus-Christ. »
4. Prière d'un juste persécuté
Seigneur, sans toi, je suis perdu.
Mon secours vient de toi.
Hélas, je suis un homme de peu de foi.
Dans mes ténèbres, sois ma lumière.
Dans mes doutes, illumine-moi.
Dans mes faiblesses, sois ma force et mon soutien.
Chante, ô mon âme, le Seigneur : il a délivré le malheureux de la main des méchants.
Vie et joie à vous qui cherchez le Seigneur !
Car le Seigneur délivre les enchaînés, libère les prisonniers et donne la joie aux pauvres.
Amen.
Bon dimanche, frères et sœurs !
Paix et joie dans nos cœurs et dans le monde.
Ton frère,
Abbé Ferdinand Nindorera









