La prière d'ouverture nous donne le sens de cette fête en ces mots:"Tu as voulu Seigneur que la sainte famille nous soit donnée en exemple de sainteté. Accorde-nous la grâce de pratiquer, comme elle, les vertus familiales et d'être unis par les liens de ton amour".
Notre méditation est inspirée d'abord par Dieu qui entre dans la famille de Abram et Sara afin de leur accorder un enfant dans leur vieillesse, car rien n'est impossible à Dieu. Ensuite nous contemplons la sainteté de la famille de Nazareth qui présente l'enfant Jésus au temple. Enfin, la prophétie de Siméon et Anne.
1. LA VOCATION DE LA FAMILLE.
Le thème de notre réflexion est la vocation à la sainteté de la famille. Cette sainteté est-elle réalisable? Pourquoi est-il nécessaire voire même urgent de parler de la sainteté de la famille? La sainteté est-elle une utopie ou quelque chose de profond dans le coeur de l'homme, un désir sans lequel la vie perd d'orientation?
Aujourd'hui la famille est en procès. Les principes moraux qui régissaient autrefois la famille deviennent de plus en plus fluides dans la société postmoderne où "il est interdit d'interdire". Mais évitons de mettre dans le même sac, le juste et l'injuste, le bon grain et l'ivraie, même s'ils croissent tous dans le même champ.
Dans ce contexte où le jour de la morale commence à décliner, peut-on encore parler, sous peine d'être jugé d'anachronisme, de traditionnalisme, de l'importance de la famille comme sacrement ouvert à la sainteté? Dans cette méditation, je voudrais porter mon attention sur les défis, les ombres que connaissent les familles d'une part, et ses joies, d'autre part. Le livre du Deutéronome souligne l'origine de la sainteté du peuple de Dieu. Le chapitre septième dit: le Seigneur ton Dieu t'a consacré, il t'a choisi pour son peuple à lui"(Dt 7,6).
Par le sacrement du mariage, la famille est consacrée par Dieu pour devenir sa part d'héritage. Notre vocation est l'appel à la sainteté. Comme l'homme ne réalise pas cette tâche dans l'isolement, la famille devient le berceau de la sainteté. Le malheur de l'homme est de ne pas être saint. Comment vivre la sainteté "quand les fondations sont ruinées"(Ps 10)? Saint Paul écrit: "Ne vous modelez pas sur monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu"(Rm 12,2).
2. LA FAMILLE ET SES OBSCURITÉS.
La première lecture dont l'actualité est évidente, nous présente une famille dont la foi est forte, un couple économiquement aisé, une famille où règne l'entente jusque dans les erreurs. Il s'agit de Abram et Sara. Cette famille a tous les accessoirs de la vie, sauf l'essentiel: l'enfant. Abram souffre de laisser l'héritage à un va-nu-pieds, son domestique, Eliezer. La foi d'Abram connaîtra aussi des ombres liées au problème de descendance. Sous l'influence de sa femme Sara, il cherchera des solutions faciles pour que la promesse de Dieu soit réalisée. L'acte extra-conjugale sera consommé avec la servante de Sara Agar, l'égyptienne (Gn 16,1-4). Elle obtiendra de cette union un fils Ismaël. Elle sera chassée avec l'enfant par Sara, et Abram, pour sauver sa face, ne sera pas capable de la protéger. Cependant, Dieu n'accepte pas que sa parole soit un sous-couvert pour des arrangements humains. Le fils de la promesse naîtra "au temps marqué"(Gn 21,1), quand toute possibilité humaine sera épuisée, car Dieu a ses temps et ses saisons. Il rend l'impossible possible, qu'une femme stérile devienne mère.
Pensons aux enfants, de nouveaux Ismaël condamnés à devenir orphelins, alors que leurs parents préfèrent jouer le cache-cache pour ne pas assumer la responsabilité de les reconnaître.
3. JÉSUS EST AUSSI LA JOIE DES PERSONNES ÂGÉES.
D'autres personnages qui sont témoins de la sainteté du mariage, sont le vieux Siméon et la veuve Anne. Siméon est un modèle pour les grands-pères qui transmettent leur foi aux petits enfants, qui les prennent dans les bras et bénissent le Seigneur. Siméon, dans sa sagesse, prépare la Vierge Marie à affronter le drame de la passion de son fils. L'enfant Jésus non seulement est la gloire pour son peuple Israël, est aussi l'objet de contradiction, d'incompréhension, de haine. Au moment où son coeur sera transpercé par la lance sur la croix, le coeur de Marie sera déchiré par l'épée de la souffrance. Comme l'écrit Kharil Gibran dans son livre poétique "le Prophète": oh mère, "vos enfants ne sont pas vos enfants".
La quatrième personne qu'on ne peut pas passer sous silence est la veuve et prophétesse Anne.
L'évangéliste Luc souligne un aspect non moins important qui montre la fidélité jusqu'au bout à l'amour conjugal. Anne est devenue veuve, juste après 7 ans de son mariage. On ne sait pas si elle avait des enfants. Mais le texte précise que depuis lors, elle vivait au temple. Quand le petit Jésus a été présenté au temple, elle avait 84 ans. Elle fait partie de ces "anawim Yahwé", (les pauvres de Dieu) dont le Seigneur seul est leur part d'héritage.
Saint Augustin, en consolant la veuve noble romaine, Annicia Proba, lui dit de cultiver plus la sainte inquiétude pour le ciel, car dans ce monde, nous sommes tous comme des veufs aussi longtemps que nous n'avons pas encore rejoint l'époux, le Christ. ( Augustin, lettre 130, commentaire du notre Père, dédiée à Annicia Proba).
4. PRIÈRE
Prions pour les jeunes "filles-mères" abandonnées et humiliées comme Agar par les auteurs de leurs grossesses.
Prions pour les mères qui sont déchirées intérieurement pour le sort douloureux de leurs enfants (incarcérés, assassinés, portés disparus). Que la Vierge Marie qui connaît mieux leurs douleurs les assiste.
Prions pour les jeunes veuves, afin que Jésus soit leur consolation, et qu'elles restent fidèles jusqu'au bout, dans la prière et la charité.
Que Jésus soit bien accueilli dans nos temples intérieurs, pour qu'il nous accueille dans la demeure éternelle du Père, où il règne pour les siècles des siècles, Amen.
Heureuse fête de la Sainte famille.
Paix et joie dans nos coeurs et dans le monde.
Ton frère Abbé Ferdinand Nindorera












