La messe de la veille souligne le fondement de la dignité de l’homme en ces belles paroles :
« L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par son Esprit qui habite en nous ».
Si l’homme est le temple de l’Esprit d’amour, pourquoi tant de haine, de division, de jalousie et de guerre dans le monde ?
La construction de la tour de Babel pour défier Dieu guette l’humanité qui veut avancer sans Dieu et contre Dieu. Par conséquent, ses constructions sont vouées à la destruction, car elles sont fondées sur du sable mouvant. L’humanité de la Pentecôte, par contre, vit une véritable et authentique globalisation de l’amour.
1. LA TOUR DE BABEL DE NOTRE TEMPS
« N’éteignez pas l’Esprit Saint, ne méprisez pas la prophétie », dit saint Paul (1Th 5,19-20).
Sans la puissance du Saint-Esprit, « rien n’est en aucun homme, rien qui ne soit perverti », selon les paroles de la Séquence.
L’expérience de la tour de Babel est éloquente pour notre humanité qui veut vivre « comme si Dieu n’existait pas » (et si Deus non daretur).
Le livre de la Genèse raconte : « Toute la terre avait alors la même langue et les mêmes mots ».
Il ne suffit pas de parler une même langue pour bâtir une civilisation de paix où chacun est concitoyen, respecté, quelles que soient ses origines.
Comment cette unité de Babel s’est-elle évaporée comme un feu de paille ? La concupiscence, l’amour déréglé du pouvoir et de l’avoir ont été à la base de la dispersion des habitants de Babel.
Le Babel d’aujourd’hui est en train de passer de l’enthousiasme de l’unité planétaire, appelée aussi globalisation, à une logique de défiance, de méfiance, de division, de « guerre de tous contre tous » (bellum omnium contra omnes), selon Thomas Hobbes dans son Léviathan.
Aujourd’hui, nous assistons non pas à la construction de la tour qui touche le ciel, mais aux murs de la haine qui séparent les riches et les pauvres.
L’autre honte de notre temps porte le nom de l’hégémonie de la volonté de puissance, qui tend à écraser la puissance de la volonté de faire le bien.
« Toute la création gémit et nous gémissons », là où les cœurs sont fermés au souffle de l’Esprit Saint.
Peut-on dire que le monde va vers sa ruine définitive ?
Le psaume dit : « Si Dieu ne bâtit pas la ville, c’est en vain que peinent les bâtisseurs » (Ps 126,1).
La construction de Dieu n’est pas dans l’ordre de la quantité des briques, mais dans l’intensité de l’amour, qui est l’œuvre du Saint-Esprit.
2. L’HUMANITÉ UNIE AU CHRIST PAR L’ESPRIT SAINT
Comment l’événement de Pentecôte contraste-t-il avec l’orgueil de Babel ?
Il y a une continuité entre la Pâque et la Pentecôte, qui en est le couronnement. La préface de ce jour confirme cette vérité :
« Pour accomplir jusqu’au bout le mystère de Pâques, tu as répandu aujourd’hui l’Esprit Saint sur ceux dont tu as fait tes fils en les unissant à ton Fils unique ».
Avec la Pentecôte commence officiellement le temps de l’Esprit Saint, le temps de l’Église, le temps de la mission dans le monde.
Dieu est amour et communique son amour à toutes les créatures par son Fils et son Esprit.
Saint Paul dit dans son Épître aux Romains :
« L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par son Esprit qui habite en nous » (Rm 5,5).
Dans la Séquence, l’Esprit Saint est appelé : « Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur ».
L’Esprit de charité est en même temps principe d’unité, de concorde et de mission dans la diversité.
Tandis que dans la plaine de Babel l’unité a été rompue alors que les peuples parlaient une seule langue, dans l’événement extraordinaire de la Pentecôte, les Apôtres, sans avoir fréquenté de « facultés de langues », sont entendus par chacun dans sa propre langue.
L’unité du genre humain, la catholicité en tant qu’universalité, naît avec la Pentecôte.
3. LE DON DE LA MISSION
L’esprit de l’homme et l’esprit du peuple créent souvent confusion et incompréhension, mais l’Esprit de Pentecôte suscite concorde, paix, unité, charité et la propagation, sans propagande, de l’Évangile.
La première communauté chrétienne naît déjà catholique au vrai sens du terme.
L’Église, née du cœur transpercé du Christ sur la croix, est de nature missionnaire par l’action du Saint-Esprit.
La mission est l’œuvre de la Sainte Trinité : le Père envoie son Fils unique pour nous révéler sa tendresse.
Le soir de sa glorieuse résurrection, Jésus communique son Esprit aux apôtres pour résister aux tempêtes du monde.
Jésus dit :
« De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie : recevez le Saint-Esprit ».
Avec l’Esprit Saint, la mission passe du prosélytisme fanatique au témoignage de la foi vécue dans la vérité, dans l’humilité et dans la charité, qui est l’essentiel de tous les dons.
La mission est le partage de la joie d’avoir accueilli l’Esprit du Seigneur, cette puissance salvifique qui permet de libérer les prisonniers, de consoler les cœurs brisés, de réconcilier ceux qui ne se tendent pas la main, et de pardonner ceux qui vivent dans les tourments de leurs péchés.
4. PRIÈRE D’INVOCATION
Viens, Esprit de charité, briser nos chaînes d’égoïsme et de suffisance, pour nous rendre tous frères et sœurs.
Viens, Esprit de vérité, combattre en nous l’esprit de mensonge et nous rendre témoins de ta vérité qui nous rend libres.
Rends-nous, ô Toi Maître de l’impossible, instruments de paix, pour devenir édificateurs de la civilisation de l’amour.
Ouvre nos yeux pour voir les nécessités de nos frères et sœurs écrasés par la souffrance, afin de leur apporter soulagement et consolation. Amen.
Bonne fête de Pentecôte.
Paix et joie dans nos cœurs et dans le monde.
Ton frère,
Abbé Ferdinand Nindorera













