Dimanche dernier, nous avons contemplé la beauté et la dignité de la famille de Nazareth. Cette dignité est fondée non sur les richesses matérielles ou le statut social, mais sur la présence de Dieu fait homme. Joseph accomplit la vocation d’être père du Fils du Père, et la Vierge Marie celle d’être la mère du Sauveur.
En ce second dimanche de Noël qui nous prépare à l’Épiphanie, l’évangéliste, dans son élévation mystique, affirme : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ». La question qui nous interpelle est la suivante : est-ce que je laisse la porte ouverte de mon cœur au Verbe fait chair qui vient me visiter ? Est-ce que je me laisse transformer par lui ? A-t-il une place dans mon site intérieur pour illuminer ma situation ?
1. ET LE VERBE S’EST FAIT CHAIR
Sans le verbe, notre discours perd de son sens. Les interlocuteurs sont dispersés et désorientés, s’interrogeant : qu’a-t-il voulu dire ? Le verbe ou la parole, dans la langue grecque, est lógos et, en hébreu, dabar.
Le lógos signifie le sens, la sagesse qui ordonne tout, la raison ultime des êtres, au point que l’on peut dire : « Au commencement était le sens ». Dans la langue hébraïque, dabar est la parole créatrice, vivifiante, performative, qui accomplit ce qu’elle exprime immédiatement. Dieu crée par la parole et ce qu’il dit advient aussitôt.
L’oracle du Seigneur, par la bouche du prophète Isaïe, compare sa parole à la pluie et à la neige qui ne retournent pas au ciel sans avoir arrosé la terre : « Ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche : elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission » (Is 55,11).
Ce Verbe par qui tout a été fait, et sans qui rien ne fut, est au commencement lointain de l’homme, inaccessible, injoignable. Quand les temps furent accomplis, dit saint Paul, « Dieu envoya son Fils, né d’une femme » (Ga 4,4). L’évangéliste Jean dit : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ».
Quelqu’un disait que Dieu, pour changer l’histoire, n’a pas envoyé une armée, mais un enfant, son Fils. La chair signifie la condition de fragilité, de faiblesse et, par là, de finitude. Le Verbe éternel a choisi cette voie de faiblesse pour nous libérer de l’empire de l’iniquité qui pèse sur nous. Dieu en personne a choisi de vivre parmi nous.
2. ET IL A HABITÉ PARMI NOUS
La joie du chrétien est enracinée dans cet événement de l’Incarnation où, librement et par amour, Dieu choisit de demeurer avec nous.
Une chose consiste à libérer l’homme de loin par un décret signé par l’empereur ; une autre est que l’empereur décide d’aller en personne libérer un prisonnier, en l’embrassant même.
Dieu pouvait nous sauver de loin, mais il a choisi d’être avec nous, d’entrer en contact avec la misère humaine. Ainsi, il a choisi de se faire chair en habitant au milieu de nous.
Le verbe « habiter » est riche de sens. Les mots habit, habitat, habitude, habituer, habileté proviennent du latin habitus, qui signifie dispositions intérieures à faire le bien ou le mal. Jésus portera la couleur du lieu de Nazareth, au point qu’il sera appelé « fils du charpentier », « le Nazaréen ». Les empreintes du vécu quotidien à Nazareth contribueront à former sa personnalité pour assumer notre humanité jusqu’au bout.
Le disciple que Jésus aimait ne nous raconte pas une épopée ou un mythe, mais une expérience vécue avec le Messie, en disant : « Nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité ». Par lui, l’humanité déchue est relevée par la grâce, c’est-à-dire par l’amour.
En outre, le Verbe fait chair qui habite parmi nous est la vérité qui illumine (Aléthéia). Qui le reçoit dans sa maison intérieure ne marche pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie.
Le pape Benoît XVI écrit : « Chaque homme, chaque femme a besoin de trouver un sens profond pour sa propre existence. Pour cela, les livres ne suffisent pas, encore moins les saintes Écritures. L’Enfant de Bethléem nous révèle et nous communique le vrai visage de Dieu, bon et fidèle, qui nous aime et qui ne peut pas nous abandonner à la mort » (Angelus, 4 janvier 2009).
3. NOUS AVONS REÇU GRÂCE SUR GRÂCE
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, contemplant ce verset, conclut : « Tout est grâce », c’est-à-dire une mesure surabondante de don. Le psaume 8, mettant en question l’homme et son incapacité à se procurer le salut, s’interroge : « Qu’est donc un mortel, que tu t’en souviennes, le fils d’Adam, que tu le veuilles visiter ? À peine le fis-tu moindre qu’un dieu ; tu le couronnes de gloire et de beauté ».
Sans la grâce, nous sommes perdus, car nous sommes gouvernés par une volonté tordue, corrompue. L’histoire du salut est dominée par la miséricorde de Dieu, par sa tendresse, qui n’exclut pas sa justice.
Dans sa plénitude (plērōma), nous avons reçu grâce sur grâce. La grâce (charis), dans sa surprise, suscite l’émotion et la joie. La grâce de la création comme don préparait déjà la grâce de la rédemption. Cette nouvelle grâce, couronnement de la première, a coûté énormément cher au Fils de Dieu, car Jésus nous aime jusqu’à mourir.
L’évangéliste Jean était présent au pied de la croix avec la « Pleine de grâce », la mère de Jésus. Il a vu la gloire crucifiée. Il a vu le cœur transpercé. Le sang et l’eau jaillissant du cœur du Christ deviendront les signes de sa présence réelle dans l’Eucharistie et de notre régénération dans le sacrement du baptême.
Ainsi, nous pouvons comprendre que l’Incarnation et la Résurrection constituent l’unique vérité du pourquoi le Verbe s’est fait chair et a planté sa tente au milieu de nous. En lui, nous avons reçu grâce sur grâce.
4. PRIÈRE D’INTERCESSION ET D’ACTION DE GRÂCE
En Jésus-Christ, nous avons tout reçu. Que notre vie soit louange au Dieu riche en pardon.
Rends-moi sensible à ta présence afin que je t’ouvre la porte de mon cœur pour que tu y habites et renforces ce qui présente des fissures.
Père de Jésus-Christ, ouvre nos yeux pour qu’en contemplant la beauté de l’univers créé par ton Verbe, nous nous rendions compte que tout est grâce, afin de vivre dans la gratitude, la fraternité et l’amour de ta création.
Donne-nous un cœur simple et joyeux pour témoigner, dans notre monde qui décline, que malgré les souffrances du temps présent, rien ne peut nous séparer du Verbe fait chair, car en lui nous avons reçu grâce sur grâce.
Vierge Marie, mère de Dieu, veille sur tes enfants, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.
Bon dimanche, frères et sœurs.
Paix et joie dans nos cœurs et dans le monde.
Ton frère,
Abbé Ferdinand Nindorera











