Quel est le rapport entre la cosmologie et la fête de tous les saints ? Pourquoi la sainteté est-elle en même temps une grâce et une tâche à accomplir ?
La fête de tous les saints a été fixée au premier novembre, quand, en Occident, le jour décline et que la longueur de la nuit augmente. Pendant cette saison d'automne, à cause du froid, la nature créée, la belle nature végétale, perd progressivement ses feuilles sans perdre pour autant la vie.
La fête de tous les saints vient donc réchauffer notre cœur et éclairer le sentier de notre vie. À cet effet, cette fête nous comble d'espérance, car Dieu nous accorde ce que nous désirons : l'abondance de sa miséricorde.
Il faut donc oser espérer contre toute espérance, car l'homme qui jadis vivait dans la débauche peut être transformé pour devenir saint, car les chemins du Seigneur sont amour et vérité.
Ainsi, étant aimé sans mérite, le malheur de l'homme est de ne pas être saint.
1. CRÉÉS POUR LA SAINTETÉ
La sainteté est liée à notre condition de créatures à l'image et à la ressemblance de Dieu. La sainteté, dans son étymologie hébraïque (kadosh), signifie une lumière resplendissante. Ainsi, Dieu seul est Saint. Il est trois fois saint. Comment alors l'homme, dans sa condition de misère, devient-il saint malgré le poids de ses péchés ?
La grâce de la création à l'image et à la ressemblance de Dieu ne suffit pas. Il faut adhérer au Christ, qui nous a sauvés au prix de son sang. Ainsi, la sainteté devient une vocation qui exige un choix libre.
Agir en vue de l'éternité bienheureuse est le leitmotiv de notre existence. « Nous agissons sub specie aeternitatis », dit Maurice Blondel. Le Ciel est notre patrie, le terminus ad quem de notre vie présente.
La loi de la charité est le fil conducteur vers la sainteté. Selon saint Augustin, « l'homme heureux n'est pas celui qui possède ce qu'il aime, mais celui qui aime ce qui est digne d'être aimé » (Commentaire du psaume 26). Or, celui qui est digne d'être aimé, c'est Dieu, qui nous a aimés le premier. Par conséquent, « la grande tristesse de l'homme est de ne pas devenir saint », selon Léon Bloy.
La sainteté au quotidien, selon la logique des Béatitudes, est l'adhésion au Christ, à sa parole de vie et de vérité, sous la puissance de l'Esprit de sainteté.
Il s'agit de vivre dans la pauvreté spirituelle, dans la douceur et l'humilité de cœur, comme lui ; de devenir artisan de justice et de paix ; d'accueillir la persécution sans maudire ; de souffrir avec ceux qui subissent l'injustice et de prier pour nos persécuteurs.
Cette mise en pratique des Béatitudes dans la vie de tous les jours est une grâce à implorer et à accueillir dans l'action de grâce.
En général, notre inclination naturelle tend à renverser les Béatitudes. Selon la logique de ce monde, les citoyens de la cité terrestre sont guidés par l'instinct de domination, de violence et de concupiscence.
La souffrance la plus nuisible consiste à vivre etsi Deus non daretur, en confondant la liberté avec le libertinage, jusqu'à tomber dans l'esclavage du péché, qui ruine notre identité.
Dans cet enfer existentiel, l'homme prend conscience « qu'il a mesuré sa vie sur une cuillerée à café ».
La seconde lecture nous rappelle que nous sommes faits pour la sainteté, en nous émerveillant devant ces paroles : « Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu — et nous le sommes. »
2. LA SAINTETÉ EST SANS FRONTIÈRE
Le grand philosophe Platon, dans le dialogue Euthyphron, s'interroge : « La sainteté n'est-elle pas peut-être une science de faire des sacrifices et de prier ? »
Est-ce que faire des sacrifices ne signifie pas faire des dons aux divinités ? Prier n'est-il pas peut-être demander des faveurs aux divinités ?
À ces interrogations, le hagios, le saint, le consacré, celui qui est mis à part, répond par trois actes, à savoir : le sacrifice, la prière et les dons. Ainsi, la sainteté devient une science qui consiste à invoquer les divinités et à s'offrir en sacrifice pour demander leur secours (Euthyphron, 14c).
Dans la vision hébraïque, le saint (kadosh) est l'homme au cœur pur qui « ne livre pas son âme aux idoles et obtient de Dieu la bénédiction » (Ps 24).
Dans la culture religieuse africaine, en particulier dans la langue kirundi, le saint évoque la pureté du ventre (umweranda). Le ventre, au sens de viscères, désigne l'intimité, l'intériorité où se prennent les grandes décisions de la vie.
La pureté du ventre équivaut à la pureté du cœur, car la personne de paix a un cœur dans le ventre (umutima mu nda).
L'originalité de la foi chrétienne est que la sainteté ne dépend pas d'une perfection morale réservée à une minorité élitiste, selon la philosophie grecque. La santé morale n'est pas équivalente à la sainteté de vie.
La sainteté est une grâce que Dieu accorde à ses enfants sans aucun mérite. Selon saint Augustin, la sainteté de l'Église, qui marche dans le monde en pèlerinage vers l'éternité, implique aussi sa condition pécheresse, en tant que Corpus mixtum.
Les « cent quarante-quatre mille » qui portent le sceau sur leur front, ainsi que cette foule immense, vêtue de robes blanches et tenant des palmes à la main, que nul ne pouvait dénombrer, sont le signe que la sainteté n'est pas confinée à un territoire déterminé.
Les saints sont nos contemporains. Leur langue est celle de l'amour. La couleur de leur peau est sans importance, dans la mesure où toute personne est aimée telle qu'elle est.
Les saints sont les constructeurs de la civilisation de la fraternité universelle. La sainteté au quotidien est une vie simple, dense, riche de Dieu, quelle que soit la situation.
3. ENGAGEONS-NOUS SUR LA VOIE DE LA SAINTETÉ
L'ordo amoris est le principe de la sainteté. Nous serons jugés à partir de ce principe, qui est le moteur de la vie.
L'ordre de l'amour nous invite à donner la priorité à l'amour pour Dieu, sans délaisser l'amour du prochain. Ceux qui sont appelés les bienheureux lors du Jugement dernier sont ceux qui ont vécu l'amour de Dieu et du prochain dans la vie quotidienne.
Le grand théologien et philosophe Hans Urs von Balthasar nous donne trois indications qui orientent le chrétien sur la voie de la sainteté : le chrétien aime, voit et veille.
Il aime Dieu et le prochain dans tout ce qu'il fait. Il voit la présence du Seigneur avec les yeux de la foi. Jésus est toujours avec nous, mais il nous arrive souvent de nous éloigner de lui.
Enfin, nous vivons dans l'attente, avec attention, afin qu'il nous trouve vigilants quand il reviendra dans sa gloire pour juger les vivants et les morts.
Le malheur de l'homme est de ne pas être saint.
4. PRIÈRE POUR LA GRÂCE DE LA SAINTETÉ
Donne-nous, Seigneur, la grâce de la sainteté dans tout ce qui est en notre pouvoir.
Vierge sainte, intercède pour nous, pauvres pécheurs, afin qu'un jour nous soyons admis à l'assemblée des saints auprès de ton Fils. Amen !
Heureuse fête de tous les saints !
Paix et joie dans nos cœurs et dans le monde.
Ton frère,
Abbé Ferdinand Nindorera










