Dans la pénombre du Colisée, éclairé par des milliers de cierges, plus de 30 000 fidèles se sont rassemblés vendredi 3 avril pour participer au Chemin de Croix présidé par Léon XIV. Une célébration marquée par un geste inédit depuis plus de trente ans : le souverain pontife a lui-même porté la croix tout au long des quatorze stations.
Pour sa première Pâques depuis son élection, le pape a souhaité incarner pleinement la Passion du Christ, de sa condamnation à sa mise au tombeau. Un choix qu’il avait expliqué quelques jours auparavant comme «un signe important», rappelant que le pape est «une voix qui nous dit que le Christ souffre encore». Une invitation, aussi, à «marcher avec le Christ qui a souffert» dans un monde tourmenté.
Le parcours spirituel proposé cette année s’inscrit dans une réalité contemporaine marquée par les tensions et les drames. Les méditations, rédigées par le franciscain Francesco Patton, décrivent un monde «chaotique, agité et bruyant», où la foi est sans cesse mise à l’épreuve. «Le Chemin de Croix n’est pas un refuge hors du monde», rappellent-elles, mais un engagement à vivre foi, espérance et charité dans la réalité quotidienne.
Accompagné du maître des célébrations liturgiques et du cardinal-vicaire de Rome, Léon XIV a avancé station après station, s’arrêtant pour méditer des passages des Évangiles et des écrits de François d’Assise. À chaque étape, une prière reprise en chœur par les fidèles est venue donner une dimension collective à ce moment de recueillement.
Dès la première station, celle de la condamnation de Jésus, un message fort a été adressé aux responsables du monde : «Toute autorité devra répondre devant Dieu de la manière dont elle aura exercé le pouvoir». Une réflexion qui résonne dans un contexte international marqué par les abus et les dérives du pouvoir.
Tout au long du chemin, les méditations ont mis en lumière les souffrances contemporaines. À la troisième station, évoquant la chute du Christ, les fidèles ont été invités à «choisir de rester à terre, aux pieds des autres, plutôt que de chercher à les dominer». Une inversion radicale des logiques de puissance.
L’émotion s’est particulièrement intensifiée lors des stations consacrées aux victimes des guerres. À la rencontre avec sa mère, Jésus devient le symbole des drames vécus par les familles déchirées par les conflits. Plus loin, en évoquant les femmes de Jérusalem, la méditation souligne leur rôle essentiel : présentes «là où il y a une souffrance», des hôpitaux aux zones de guerre.
Dans une prière poignante, le père Patton a imploré Dieu de donner aux hommes «des larmes» pour pleurer «sur les désastres des guerres», «les massacres et les génocides» et «le cynisme des tyrans». Une supplication qui a trouvé un écho particulier parmi les fidèles.
Au fil des stations, le message du Chemin de Croix s’est fait de plus en plus universel. À travers la crucifixion et la mort du Christ, c’est une autre vision du pouvoir qui est proposée : non pas celle de la force, mais celle de l’amour et du pardon. «Le véritable pouvoir est celui qui porte le mal du monde et le transforme», rappellent les méditations.
Dans les derniers instants, une prière a été adressée pour les oubliés : prisonniers politiques, familles d’otages, victimes ensevelies sous les décombres. «Apprends-nous la compassion», a-t-il été demandé, comme un appel à redécouvrir une humanité parfois perdue.
La célébration s’est conclue dans le silence et la lumière des cierges, avec une bénédiction inspirée de saint François : «Que le Seigneur tourne vers vous son visage et qu’il vous apporte la paix». Une paix qui, plus que jamais, apparaît comme une urgence dans un monde en quête de repères.











