L'Évangile de ce dimanche nous met devant notre responsabilité dans la manière d'accueillir l'invitation du Père aux noces de son Fils.
Nous pouvons synthétiser l'invitation gratuite aux noces et les diverses réactions à travers la grande problématique du sens de la vie. Le sens est quelque chose qui nous soutient, qui précède et accompagne nos pensées et nos actions. Aucun homme ne peut donner un sens complet ni à sa vie ni à celle des autres, car nos potentialités sont limitées. Le sens vient de Dieu, qui nous a créés par amour sans nous, mais qui ne nous sauvera pas sans nous.
Le sens de la vie devient notre réponse à l'amour gratuit de Dieu, qui nous invite à prendre place au festin des noces de son Fils.
Qu'est-ce qui compte vraiment dans ma vie ? Suis-je prêt à entrer dans la salle des fêtes avec un habit confectionné sur mesure ? Comment entretenir cet habit ?
1. VENEZ, LE REPAS EST PRÊT
L'Évangile est plein de paradoxes qui étonnent le lecteur attentif. C'est un mariage drôle où le rôle principal est joué par le roi. Les serviteurs du roi crient : « Venez, le repas de noce est prêt ! »
Le livre des Proverbes met en exergue la bonté de Dieu en ces paroles :
« La Sagesse a bâti sa maison, elle a taillé ses sept colonnes, elle a abattu ses bêtes, préparé son vin, elle a aussi dressé sa table. Elle a dépêché ses servantes et proclamé sur les hauteurs de la cité : “À l'homme insensé, elle dit : Venez, mangez de mon pain, buvez du vin que j'ai préparé ! Quittez la niaiserie et vous vivrez, marchez droit dans la voie de l'intelligence.” » (Pr 9, 1-6).
Ceux qui étaient privilégiés de prendre part au banquet « n'en tinrent aucun compte et s'en allèrent, l'un à son champ, l'autre à son commerce ».
On peut dire que, même s'ils ne font rien de mal concrètement, leur péché est l'indifférence. Ils veulent rester dans la routine et se fermer à la nouveauté de la grâce. Ce qui compte pour eux, ce sont les affaires qui rapportent des intérêts immédiats qui, hélas, ne peuvent pas leur donner le salut. Certains d'entre eux éprouvent un tel dégoût pour cette invitation qu'ils vont jusqu'à tuer les messagers.
2. LA MALADIE DU MATÉRIALISME
La parabole de Jésus est plus que jamais actuelle. Elle interpelle l'homme de notre temps, qui réduit l'existence à l'avoir plutôt qu'à l'être.
La maladie du matérialisme, qui engendre à son tour l'indifférence, infecte facilement nos cœurs si nous ne faisons pas attention et ne restons pas vigilants.
L'homme de notre temps est affairé, agité, stressé par sa condition d'insuffisance et d'insatisfaction. Il ressent l'écart entre ce qu'il veut et ce qu'il fait. Il pense que la richesse peut combler ce vide.
La surdité à l'appel du Seigneur est aggravée aujourd'hui par la « smartomanie », où tous les regards sont braqués sur l'écran, sans percevoir la brise légère du Saint-Esprit qui passe.
La maladie de notre temps est le matérialisme effréné, marqué par ce que Søren Kierkegaard appelle le divertissement, considéré comme une « maladie mortelle ».
L'invité de notre temps répondrait aux messagers du roi :
« Je ne peux pas venir à la messe, car j'attends un appel téléphonique important. J'ai travaillé toute la nuit, je veux me reposer. Le dimanche, pour moi, c'est la seule occasion d'aller au sport, de faire du shopping, de rencontrer les autres au restaurant. »
Les personnes qui refusent l'invitation représentent la spiritualité sécularisée, qui érode l'esprit et arrache les hommes à la prière et au recueillement.
Dans son livre Senza più la Domenica, que nous traduisons par Jamais plus le dimanche, Luigi Berzano fait remarquer que ce ne sont pas les chrétiens qui maintiennent le jour du Seigneur (dies Domini), mais, au contraire, que c'est le jour du Seigneur qui maintient les chrétiens.
Christophe André, dans son livre intitulé Les États d'âme : un apprentissage de la sérénité, observe que, dans la société matérialiste, « on valorise l'avoir au lieu de l'être, le faire au lieu de vivre, le montrer au lieu de savourer ».
Les invités sont dispersés dans leurs affaires éphémères au lieu de savourer la joie des noces de l'Agneau.
Quand l'homme perd sa dimension contemplative, il n'arrive plus à donner le vrai sens des choses et de sa vie. Tout devient ennui, nausée, souffrance. Le sens de la vie devient l'absence de sens.
Dans ces circonstances, rien n'empêche de glisser vers la catégorie des invités violents, agressifs et impulsifs qui tuent les envoyés du roi. Ces assassins sont des individus frustrés, mécontents du bonheur du Fils du roi.
À cause de leur jalousie, ils transforment la joie nuptiale en deuil, alors que Dieu vient changer nos deuils en une danse.
3. L'HABIT SUR MESURE POUR LE FESTIN DU ROYAUME
Le patron ne se décourage pas. Il continue à envoyer ses serviteurs pour inviter les inconnus qu'ils rencontrent à la croisée des chemins.
Cette catégorie répond sans condition à l'invitation, les bons comme les mauvais. Ce groupe venu de la périphérie représente les publicains, les prostituées, les païens et les étrangers aux promesses messianiques.
Il se produit encore une fois un scandale dans la salle. Le roi est sévère. Quelqu'un qui n'avait pas d'habit adapté aux noces est expulsé dehors. S'agit-il d'une injustice, puisqu'il n'était pas préparé à ce banquet ?
En nous référant à la première lecture, tirée du livre d'Isaïe, le Royaume des cieux est présenté sous la forme d'un festin, d'une fête où les invités sont dans la joie, mangent de la viande succulente et boivent du vin de qualité, sur la montagne du Seigneur.
L'Évangile insiste sur les exigences nécessaires pour participer au festin des noces de l'Agneau. Il faut porter l'habit nuptial. Quand faut-il le porter ?
La préparation aux noces se fait ici et maintenant. Nous ne serons pas expulsés si nous essayons de passer par la porte étroite du service et du sacrifice envers nos frères, pour la plus grande gloire de Dieu.
Cet habit sur mesure, unique, est la grâce sanctifiante reçue au baptême. Cet habit est symbolisé par une étoffe blanche sur laquelle notre nom est inscrit.
Quand il devient sale, il est lavé dans le sacrement de la réconciliation. Nous le portons intérieurement tout au long de notre existence terrestre.
Chaque fois que nous participons à l'Eucharistie, nous anticipons la joie des noces de l'Agneau dans l'éternité bienheureuse. Il est donc impossible d'oublier cet habit.
Nous portons le vêtement nuptial sur mesure si nous sommes le sel de la terre et la lumière du monde.
Saint Paul nous en donne l'exemple. Il a été l'Évangile vivant par son style de vie. Il savait vivre dans l'abondance comme dans la misère. Tout son temps était consacré à annoncer la Bonne Nouvelle, sans se préoccuper du bonheur matériel, qui passe.
4. PRIÈRE DE LIBÉRATION
Délivre-nous de tout mal, Seigneur, du mal de la superficialité et de l'esclavage envers les biens périssables.
Donne-nous la liberté du détachement de tout ce qui nous tient captifs, afin que nous puissions répondre avec joie et empressement à ton invitation.
Aide-nous à être toujours prêts à porter notre habit de noce, car nous ne savons ni le jour ni l'heure de ta venue.
« Heureux les invités au repas du Seigneur ! »
« Heureux les habitants de ta maison, Seigneur : ils pourront te chanter encore. » (Ps 83, 5).
Bon dimanche, frères et sœurs !
Paix et joie dans nos cœurs et dans le monde.
Ton frère,
Abbé Ferdinand Nindorera





