FEDE E RELIGIONI - 12 settembre 2026, 08:00

Les Papes et le 11 septembre : la lumière du Christ dans les heures sombres de l’histoire

Les réflexions des pontifes sur les attentats du 11 septembre 2001, il y a vingt-cinq ans, et leurs appels répétés à la paix et à la réconciliation. Car même face à une horreur indicible, le mal et la mort n’ont pas le dernier mot.

Les Papes et le 11 septembre : la lumière du Christ dans les heures sombres de l’histoire

Nous sommes le 11 septembre 2001. Les États-Unis d’Amérique viennent d’être frappés par quatre attentats-suicides qui, dans différentes régions du pays, ont fait près de trois mille victimes. Jean-Paul II se trouve à Castel Gandolfo. Informé par téléphone par le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, Joaquín Navarro-Valls, il est profondément bouleversé par ces événements.

Le Pape se recueille aussitôt en prière dans la petite chapelle du Palais apostolique, avant d’envoyer un télégramme de condoléances et de solidarité au président américain George W. Bush. Six lignes seulement, écrites en caractères d’imprimerie, mais des mots qui expriment une douleur universelle. Jean-Paul II parle d’une « horreur indicible », qualifie les attentats terroristes d’« inhumains » et décrit ce moment de l’histoire comme « sombre et tragique ».

Le lendemain, mercredi 12 septembre, l’audience générale se tient place Saint-Pierre. À la demande de l’évêque de Rome, personne n’applaudit : les fidèles restent plongés dans un silence recueilli.

« Hier a été un jour sombre dans l’histoire de l’humanité, une terrible atteinte à la dignité de l’homme », déclare Jean-Paul II, avant de poser la question qui habite alors les consciences du monde entier : « Comment des actes d’une telle sauvagerie peuvent-ils se produire ? »

La réponse, poursuit-il, se trouve dans le Christ, fondement de l’espérance, Celui qui fait en sorte que « le mal et la mort n’aient pas le dernier mot ».

Pendant ce temps, à Rome, se tient le 180e Chapitre général ordinaire de l’Ordre de Saint-Augustin. Parmi les participants figure également le père Robert Francis Prevost, religieux américain qui deviendra plus tard le pape Léon XIV. Le 14 septembre, jour de son anniversaire, il est élu prieur général.

C’est donc à lui qu’il revient de présider, le 21 septembre, la messe de clôture des travaux dans l’église Sainte-Marie-du-Peuple.

« Nous ne pouvons manquer d’évoquer les événements tragiques qui, le 11 septembre, ont secoué les États-Unis », déclare-t-il dans son homélie. « La violence dont le monde a été témoin la semaine dernière aux États-Unis est l’expression tragique d’une série de problèmes qui s’aggravent partout. »

Robert Prevost souligne alors que « la haine et la violence continueront de s’intensifier tant qu’il y aura tant de personnes contraintes de vivre dans l’extrême pauvreté, opprimées par tant de formes d’injustice ».

Alors que beaucoup cherchent à se venger, conclut-il, « les Augustiniens doivent témoigner de l’Évangile et de ses valeurs d’unité, de dialogue, de paix et de réconciliation ».

Une année s’écoule. Les appels à la paix de Jean-Paul II se succèdent sans relâche.

Le 11 septembre 2002, lors de l’audience générale, le Pape évoque « l’attentat barbare » survenu douze mois plus tôt, l’effondrement des tours jumelles et les vies de tant d’innocents englouties sous les décombres.

Avec force, le Souverain Pontife réaffirme que « le terrorisme est et sera toujours une manifestation de férocité inhumaine » et que « l’oppression, la violence armée, la guerre sont des choix qui ne font que semer et engendrer la haine et la mort ».

« Seuls la raison et l’amour sont des moyens valables pour surmonter et résoudre les conflits entre les personnes et les peuples », conclut-il.

La paix invoquée par Karol Wojtyła trouve un écho dans la prière de son successeur, Benoît XVI.

Le 20 avril 2008, lors de son voyage apostolique aux États-Unis, Joseph Ratzinger se rend à Ground Zero. Là où s’élevaient autrefois les tours jumelles, il y a désormais un gouffre profond, presque une métaphore de l’abîme du mal.

Mais tout autour, un immense chantier témoigne déjà de la reconstruction et de l’espérance.

En silence, le Souverain Pontife allume une bougie en mémoire des victimes. Puis il s’agenouille et demande au Seigneur d’« apporter la paix dans un monde violent » et d’accorder à l’humanité « la sagesse et le courage de travailler sans relâche pour un monde où la paix et l’amour authentiques règnent entre les nations et dans le cœur de chacun ».

Trois ans plus tard, à l’occasion du dixième anniversaire des attentats, Benoît XVI adresse, le 11 septembre 2011, une lettre au président de la Conférence épiscopale des États-Unis, l’archevêque de New York Timothy Dolan.

Évoquant l’« attentat brutal » survenu dix ans plus tôt, il le qualifie de « tragédie… rendue encore plus grave par la revendication de ses auteurs d’agir au nom de Dieu ».

Le Pape invite alors à affirmer avec fermeté qu’« aucune circonstance ne peut jamais justifier des actes de terrorisme ».

« Chaque vie humaine est précieuse aux yeux de Dieu », rappelle-t-il, soulignant qu’il ne faudrait « ménager aucun effort pour promouvoir dans le monde un respect authentique des droits inaliénables et de la dignité des individus et des peuples partout dans le monde ».

Le pape François se rend lui aussi à Ground Zero, devenu entre-temps un mémorial composé de deux immenses bassins remplis d’eau, installés à l’emplacement des anciennes tours jumelles. Sur leurs bords sont inscrits les noms des 2 974 victimes, originaires de 90 nationalités.

Lors de la rencontre interreligieuse qui s’y tient le 25 septembre 2015, le Souverain Pontife décrit les attentats du 11 septembre comme « un acte insensé de destruction ».

Il évoque une « douleur palpable », « déchirante », qui « laisse sans voix et crie vers le ciel ».

L’eau qui coule dans les bassins, explique Jorge Mario Bergoglio, « rappelle toutes ces vies qui étaient sous le joug de ceux qui croient que la destruction est le seul moyen de résoudre les conflits ».

Mais « la logique de la violence, de la haine, de la vengeance ne peut causer que douleur, souffrance, destruction, larmes ».

La vie, en revanche, « est toujours destinée à triompher des prophètes de la destruction, de la mort », car « la réconciliation et l’unité l’emporteront sur la haine et la division ».

« Demandons au Ciel le don de nous engager pour la cause de la paix », conclut l’évêque de Rome. « La paix dans ce vaste monde que Dieu nous a donné comme demeure pour tous et de tous. Rien d’autre que la paix. »

Face à la paix, « nous ne pouvons pas rester indifférents ni neutres », dira encore François le 11 septembre 2021.

L’occasion est le Forum interconfessionnel du G20 organisé à Bologne autour du thème « Il est temps de guérir – Paix entre les cultures, compréhension entre les religions ».

Dans un message adressé aux participants, le Pape insiste une nouvelle fois : « Pas neutres, mais engagés pour la paix ! Invoquons le ius pacis, comme le droit de tous à régler les conflits sans violence. »

Et il conclut par un appel qui résume, à lui seul, vingt années de réflexion pontificale sur le 11 septembre : « Plus jamais la guerre, plus jamais contre les autres, plus jamais sans les autres ! »

Car, ajoute François, « les jeunes et l’histoire nous jugeront là-dessus ».

Vingt-cinq ans après le 11 septembre, ces paroles des trois derniers pontificats conservent une étonnante actualité. De Jean-Paul II à Benoît XVI, jusqu’à François, et aujourd’hui avec Léon XIV, un même fil conducteur apparaît : face au terrorisme, à la haine et à la tentation de la vengeance, la réponse chrétienne ne peut être que la défense de la dignité humaine, le dialogue, la réconciliation et la paix.

Dans les heures les plus sombres de l’histoire, la lumière du Christ demeure ainsi, pour les papes, plus forte que la nuit. Le mal et la mort peuvent frapper, mais ils n’ont pas le dernier mot.

red

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