NOUVELLES EN FRANCAIS - 07 settembre 2026, 14:32

Trente ans de la Bibliothèque Salvadori : trente ans de mémoire, de culture et d’autonomie

À l’occasion du 30e anniversaire de la Bibliothèque régionale « Bruno Salvadori », Aoste accueillera jeudi 10 septembre à 21 h, au Théâtre Splendor, une rencontre littéraire et musicale avec l’écrivain Paolo Di Paolo. Intitulée La miracolosa stranezza di essere vivi : littérature, intensité, émerveillement, la soirée entend réfléchir au rôle de la littérature dans une époque marquée par les crises, les incertitudes et les transformations profondes de la société. Un anniversaire qui devient aussi une occasion de rappeler la fonction essentielle de la culture dans une communauté autonome comme la Vallée d’Aoste

Trente ans de la Bibliothèque Salvadori : trente ans de mémoire, de culture et d’autonomie

Il y a des anniversaires qui invitent à regarder en arrière et d’autres qui obligent à se demander quel avenir on veut construire. Les 30 ans de la Bibliothèque régionale « Bruno Salvadori » appartiennent aux deux catégories. Depuis son inauguration, la bibliothèque est devenue bien davantage qu’un lieu où consulter ou emprunter des livres : elle représente un espace public de connaissance, de mémoire et de confrontation des idées, au cœur de la vie culturelle valdôtaine.

C’est dans cet esprit que l’assessorat de l’Éducation, de la Culture et des Politiques identitaires de la Région autonome Vallée d’Aoste propose, jeudi 10 septembre à 21 h, au Théâtre Splendor d’Aoste, la rencontre La miracolosa stranezza di essere vivi : littérature, intensité, émerveillement. Une soirée conçue à partir d’une suggestion partagée avec l’écrivain Paolo Di Paolo, en collaboration avec Davide Mancini, enseignant et auteur-compositeur-interprète.

Le choix de consacrer cette célébration à la littérature n’a rien d’anodin. Dans une période où l’information est partout, disponible à toute heure et souvent consommée dans l’urgence, la littérature propose au contraire une expérience de profondeur. Elle oblige à ralentir, à écouter, à comprendre les contradictions de l’être humain. Elle permet surtout de replacer les événements collectifs à hauteur d’homme.

Le parcours proposé durant la soirée partira précisément de cette idée. À travers des auteurs des XXe et XXIe siècles, le public sera invité à traverser les « six continents littéraires », en rencontrant des personnages et des histoires marqués par les grands bouleversements de leur époque. Guerres, crises, transformations sociales et incertitudes politiques ne sont jamais seulement des événements inscrits dans les livres d’histoire : ils pénètrent dans les existences individuelles, modifient les relations, les choix et les destins.

De cette constatation naît une interrogation particulièrement actuelle : quel est le sens de l’écriture aujourd’hui ? Écrire, c’est d’abord tenter de donner une forme à ce que l’on vit. Mais c’est également laisser une trace, transmettre une expérience et permettre à ceux qui viendront après nous de comprendre ce que nous avons traversé.

La littérature devient alors mémoire et témoignage, mais aussi instrument de lecture du présent. Elle ne prétend pas nécessairement fournir des réponses politiques ou sociales immédiates. Elle offre quelque chose de différent : la possibilité de regarder une réalité complexe à travers l’expérience d’un autre être humain.

Une place centrale sera accordée au discours prononcé par Han Kang à l’occasion de son prix Nobel. La réflexion de l’écrivaine coréenne sur la fragilité du monde et sur la nécessité de préserver ce qui continue à briller dans l’existence humaine constitue l’un des fils conducteurs de la rencontre. Même lorsque l’histoire collective est traversée par la violence, la littérature, en restant proche de l’individu, peut conserver une part de lumière.

Cette approche donne à l’anniversaire de la Bibliothèque Salvadori une portée qui dépasse la seule dimension culturelle. Dans une région comme la Vallée d’Aoste, la culture est également une question politique. Elle touche à la manière dont une communauté se représente elle-même, conserve sa mémoire et transmet ses références aux nouvelles générations.

L’autonomie, en effet, ne se résume pas à un ensemble de compétences administratives ou financières. Elle suppose aussi l’existence d’une communauté capable de connaître son histoire, de cultiver ses langues, de préserver son patrimoine et de participer activement au débat contemporain. Les bibliothèques, les écoles, les théâtres, les centres culturels et les institutions de recherche constituent à ce titre une véritable infrastructure immatérielle de l’autonomie.

C’est pourquoi la célébration des 30 ans de la Bibliothèque régionale prend une dimension particulière. Elle rappelle que l’investissement dans la culture n’est pas une dépense accessoire, destinée uniquement à accompagner les loisirs des citoyens. C’est un investissement dans la cohésion sociale, dans l’éducation et dans la capacité d’une société à comprendre les mutations auxquelles elle est confrontée.

Cette dimension est d’autant plus importante lorsqu’il s’agit des jeunes générations. La soirée leur est notamment destinée, avec la volonté de montrer que les livres peuvent encore constituer des instruments d’orientation dans un monde dominé par la vitesse et l’immédiateté. La bibliothèque peut ainsi redevenir un lieu où l’on ne vient pas seulement chercher une information, mais où l’on apprend à construire un regard.

Le dialogue entre littérature et musique renforcera cette dimension. Les textes lus seront accompagnés par un ensemble de musiciens locaux qui cherchera à traduire en sons les atmosphères et les émotions suscitées par les œuvres. Sur scène se produiront Davide Mancini à la guitare et au chant, Ezio Borghese au bandonéon, Rebecca Cuomo au chant et au piano, Luca Gattullo à la guitare et au piano, Emily Moroni au chant et au piano et Sofia Parenti au chant et au piano.

La présence de ces artistes rappelle également que la culture valdôtaine ne vit pas uniquement dans les institutions. Elle existe dans les parcours individuels, dans les projets associatifs, dans les jeunes artistes et dans les collaborations qui se développent sur le territoire.

Davide Mancini, musicien, auteur-compositeur et interprète, a notamment commencé comme batteur avant de devenir leader du groupe Celtica. Son parcours l’a conduit à se produire en Europe, aux États-Unis et en Asie, avec des participations au Pistoia Blues et des collaborations avec Mauro Pagani et Bruno Lauzi. Ses albums et ses projets témoignent d’une recherche où musique, poésie et engagement se rencontrent.

Ezio Borghese, enseignant et musicien reconnu, apporte quant à lui la singularité du bandonéon, instrument intimement lié à l’histoire du tango argentin. Luca Gattullo, bassiste, contrebassiste et multi-instrumentiste, représente une génération particulièrement active dans le paysage musical et jazz de la Vallée d’Aoste.

La jeunesse sera également représentée par Rebecca Cuomo, musicienne, actrice et performeuse engagée dans le milieu théâtral et culturel d’Aoste, ainsi que par Emily Moroni et Sofia Parenti, deux jeunes chanteuses et musiciennes qui font partie des voix émergentes de la scène valdôtaine.

Au centre de la soirée se trouvera enfin Paolo Di Paolo, écrivain, essayiste et journaliste romain, figure reconnue de la littérature italienne contemporaine. Auteur de Mandami tanta vita, finaliste du prix Strega, de Lontano dagli occhi, lauréat du prix Viareggio-Rèpaci, et de Un mondo nuovo tutti i giorni. Piero Gobetti, una vita al presente, il collabore notamment avec La Repubblica et L’Espresso et participe aux programmes culturels de Radio 3 Rai.

Son parcours est particulièrement adapté à une rencontre consacrée au rapport entre littérature et présent. À travers ses livres et son activité journalistique, Di Paolo explore en effet la manière dont les trajectoires individuelles peuvent éclairer les grandes transformations historiques et politiques.

C’est cette capacité de la littérature à relier l’intime et le collectif qui donne tout son sens à la soirée du 10 septembre. Car célébrer une bibliothèque, c’est aussi célébrer une idée de la société : celle d’une communauté qui accepte de conserver les traces du passé tout en donnant à chacun les moyens de participer au présent.

Trente ans après son inauguration, la Bibliothèque régionale « Bruno Salvadori » peut ainsi être regardée comme un morceau de l’histoire culturelle contemporaine de la Vallée d’Aoste. Son avenir dépendra naturellement de ses collections, de ses services et de ses capacités d’adaptation aux nouvelles pratiques culturelles. Mais il dépendra aussi de la place que la collectivité continuera à accorder à la lecture, à la connaissance et au débat.

Et c’est peut-être là le message le plus fort de cet anniversaire. Dans une époque où les sociétés sont tentées de réduire la culture à ce qui est immédiatement rentable, visible ou consommable, une bibliothèque rappelle une évidence différente : certaines choses prennent de la valeur précisément parce qu’elles échappent à l’urgence.

La littérature, comme le suggère le titre de la soirée, nous confronte à « la miraculeuse étrangeté d’être vivant ». Elle nous rappelle, à travers les mots de ceux qui nous ont précédés, que les crises passent mais que la nécessité de comprendre, de transmettre et de donner un sens à notre expérience demeure. Et une autonomie véritable ne peut être seulement celle qui administre un territoire : elle doit aussi être celle qui donne à ses citoyens les moyens de penser leur propre avenir.

L’entrée sera libre, dans la limite des places disponibles.

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