L'idée qui est présente dans toutes les lectures de ce dimanche est l'esprit de discernement qui oriente l'action juste.
Dans la première lecture, qui est au cœur de notre méditation, l'essentiel pour le roi Salomon est d'avoir un cœur attentif afin de gouverner un peuple nombreux.
Dans les paraboles du Royaume des Cieux, l'esprit de discernement est exprimé par l'acte de vendre tout ce qu'on possède pour acquérir soit un trésor caché dans un champ, soit une perle précieuse, ou encore par l'acte de séparation entre les bons et les mauvais poissons.
L'attachement à l'Unique Nécessaire ouvre les portes aux autres dons inattendus. « Quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout pour contribuer à leur bien » (2ème lecture). Tout est grâce, selon sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.
1. LA GRANDEUR DU ROI SALOMON
Le roi Salomon est l'un des rares rois qui savent harmoniser parfaitement la grandeur et l'humilité.
Cette difficile tâche, qui est souvent l'objet de convoitise et d'ambition et qui fait gonfler d'orgueil certains, révèle au contraire à Salomon sa misère. Sa grandeur est avant tout la reconnaissance de sa petitesse. Il a conscience de lui-même et de ses limites.
Pour lui, cette tâche n'est pas un luxe, mais une mission difficile qui nécessite le secours de Dieu et le don du discernement. C'est dans cette prise de conscience que le roi Salomon ne demande pas des biens personnels, comme la puissance de son pouvoir acquise par le bain de sang en éliminant ses opposants, selon la logique des rois de ce monde.
Quand la politique, cet « art du possible » selon Aristote, est éclairée par la sagesse, le peuple vit dans la joie, l'arbitraire est banni, la terre est bénie, les collines regorgent de blé ; « amour et vérité se rencontrent, justice et paix s'embrassent » (Ps 84).
2. LA PRIÈRE ORIENTE L'ACTION HUMAINE
Cette prière de Salomon est un programme de vie pour la vocation sacerdotale et pour la mission politique.
Toute vocation authentique est un don et non un dû. Personne ne peut dire qu'il a droit au sacerdoce ministériel, à l'épiscopat ou aux autres fonctions dans la hiérarchie de l'Église pèlerine sur la terre.
Celui qui reçoit la nomination pour être curé d'une petite paroisse, où ceux qui pratiquent la foi se comptent sur les doigts de la main, devrait prier comme Salomon en demandant la science et la sagesse pour paître le peuple de Dieu dans la paix et la joie.
Le peuple nombreux, difficile à gouverner, n'est pas à comprendre exclusivement sur le plan quantitatif. Chaque personne mérite une attention particulière, car elle est « un empire dans l'empire ».
Mon cœur est plus grand que le monde, plus vaste que tous les univers. Nous sommes donc petits pour guider un peuple nombreux. Je suis petit pour gouverner mes instincts de violence, mes aspirations et mes impulsions. « Sans lui, nous ne pouvons rien faire. »
Sur le plan politique, cette prière de Salomon est pédagogique.
Aristote, dans son œuvre qui porte le nom de son fils, Éthique à Nicomaque, définit le politicien comme « l'architecte de la finalité » (Éthique à Nicomaque, VII, 12, 1152b2). Quel est le contenu de cette finalité, sinon assurer la paix pour son peuple ?
Souvent, la société prend l'image de son dirigeant. Si la finalité de l'activité politique du roi ou du soi-disant élu par le peuple est de chercher ses intérêts égoïstes (res privatae) au détriment du bien commun (res publica), le désordre va s'installer dans la nation.
La fin de la politique est « le développement intégral de tout homme et de tout l'homme », que saint Paul VI appelle « le nouveau nom de la paix ». Le sens du bien commun, qui est supérieur au bien individuel selon Platon, est l'objet de la politique au vrai sens du terme.
Il y a certes des rois qui prient, non pas pour demander la vertu de la sagesse comme Salomon, mais leurs prières sont orientées vers l'asservissement plutôt que vers le service de ce même peuple.
Ils prêchent sur les places publiques plus que les prédicateurs autorisés ; mais, dans les faits, ce sont des rapaces des greniers publics. Le Seigneur dénonce cette hypocrisie en disant : « Ce ne sont pas ceux qui disent : "Seigneur, Seigneur", qui entreront dans le Royaume de Dieu, mais ceux qui font la volonté de mon Père » (Mt 7, 21-23). « On apprécie l'arbre à ses fruits. »
3. DISTINGUER POUR UNIR LA CONTEMPLATION ET L'ACTION
La prière de Salomon concerne chacun de nous.
Toute personne qui cherche la sainteté de vie, comme ce chercheur de trésor ou ce marchand de perles précieuses, peut faire sienne cette prière : « Seigneur, donne-moi ta sagesse, assise auprès de toi. Sans toi, je ne peux rien. »
Sans la sagesse, il est impossible de discipliner nos passions et nos vices, qui sont des ennemis rancuniers et vindicatifs en nous.
En effet, celui qui est incapable de se maîtriser, de pratiquer la tempérance, comment sera-t-il capable d'appliquer les lois de la bonne gouvernance pour conduire son peuple vers une destinée heureuse ?
Comme le dit saint Augustin dans La Cité de Dieu : « Une bonne intelligence permet de percevoir la vérité et d'aimer le bien » (La Cité de Dieu, livre XXII, 24, 3).
Le bon politicien aime le bien, le bon, le beau et le vrai. Avec la sagesse, qui est la lumière divine en nous et qui éclaire les autres vertus cardinales, ornements de l'âme, l'homme réussit à combattre les vices, ennemis de la paix intérieure et extérieure.
Dans ces paraboles énigmatiques sur le Règne de Dieu, Jésus veut nous inviter au discernement pour découvrir le Royaume de Dieu caché dans les plis et les méandres de l'histoire.
Ces paraboles nous enseignent qu'il faut s'exercer à harmoniser la vie contemplative (otium) et la vie active (negotium), car le Royaume de Dieu est une affaire du cœur qui oriente la vie pratique.
Il faut nous engager, tant qu'il est temps, comme ce marchand, à jouer le « qui perd gagne », en sacrifiant le maximum utilitatis (l'utilité maximale) pour gagner l'Unicum Necessarium (l'Unique Nécessaire), notre Seigneur Jésus-Christ.
4. DEMANDE DE LA SAGESSE
« Ô Dieu, donne au fils du roi ta justice, afin qu'il rende à ton peuple une sentence juste et un jugement équitable à tes petits. Avec justice, il jugera le petit peuple ; il sauvera les fils des pauvres, il écrasera leurs bourreaux (...). Il délivre le pauvre qui appelle et le petit qui est sans aide. »
« Donne-nous ta sagesse pour orienter nos actions vers les biens impérissables de ton Royaume de justice et de paix. » Amen.
Bon dimanche, frères et sœurs.
Paix et joie dans nos cœurs et dans le monde.
Ton frère, Abbé Ferdinand Nindorera.





