LE JEU DU "QUI PERD-GAGNE" POUR ÊTRE DIGNE DU CHRIST
XIII ème D.T.O, A
Alors que le thème du dimanche dernier était « le courage », aujourd’hui la parole qui attire notre attention est la « dignité », qui exige le renoncement et le sacrifice. Appartenir au Christ, être greffé sur lui comme « le sarment à la vigne » (Jn 15,5), c’est savoir jouer au jeu du « qui perd-gagne ».
Dans son discours sur la mission, que nous continuons à méditer, Jésus forme ses disciples en les invitant à la conformation à lui. Comment la Bonne Nouvelle nous fait-elle grandir en dignité ?
1. ÊTRE DIGNE DU CHRIST, C’EST ACCEPTER LE SACRIFICE
Dans ce discours de la mission, Jésus nous invite au sacrifice pour être dignes de lui. Il ne s’agit pas d’une morale héroïque stoïcienne d’insensibilité, mais de la vie ordinaire vécue dans la simplicité à la lumière de l’Évangile.
Le jeu du « qui perd-gagne », selon saint Paul, consiste à passer par la mort avec le Christ pour vivre avec lui. Il s’agit de donner la priorité au « Royaume et à sa justice » (Mt 6,33), et de s’efforcer de passer par la porte étroite qui mène à la Vie (Mt 7,14).
Dans l’Évangile, Jésus donne trois indications pour lui appartenir et acquérir cette dignité :
- l’amour sans partage ;
- la croix ou le martyre au quotidien ;
- la charité symbolisée par un verre d’eau.
Qui donne la priorité à sa famille au point d’oublier le Sauveur du monde n’est pas digne de Jésus. Qui ne porte pas sa croix pour suivre Jésus n’est pas digne de lui. Qui ferme son cœur au prochain et détourne son regard pour ne pas voir le pauvre qui implore n’est pas digne de Jésus.
En se greffant au Christ, à travers la fidélité à sa parole de vie, notre cœur reçoit la dignité de la tempérance, la force du courage dans le martyre et la sainteté de la justice.
Unis au Christ, notre dignité grandit par les actions concrètes de la vie quotidienne, à savoir : la promotion de la culture scientifique, la fidélité à notre vocation, le respect de la création et le développement intégral de tout homme et de tout l’homme dans une action politique responsable.
2. LE CHRIST NOUS DONNE LA DIGNITÉ D’ÊTRE ENFANTS DU PÈRE
La personne humaine est digne de respect en tant que créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, aimée et sauvée dans la personne du Christ, sanctifiée par la puissance bienveillante de l’Esprit Saint.
Immanuel Kant, dans sa Critique de la raison pratique, disait avec raison qu’il faut agir de manière à ce que toute l’humanité soit traitée non comme un moyen, mais comme une fin. Ce principe exclut toute forme d’oppression, d’esclavage, de torture et de dictature.
Ainsi, chaque personne, quelle que soit sa richesse ou son rang social, ses origines linguistiques et culturelles, a du prix devant le Seigneur, surtout si elle est en communion avec Dieu.
Jésus, notre maître et notre frère, disait que le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat, pour montrer que la dignité humaine transcende la législation religieuse et civile.
En outre, il reprend, à la conclusion du discours de la montagne, la règle d’or en la reformulant dans un sens positif : « Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux » (Mt 7,12).
Qui est digne pour Jésus est celui ou celle qui fait la volonté du Père.
3. GARDER POUR PERDRE ET PERDRE POUR GARDER
Jésus nous montre que le vrai chemin du bonheur pour l’homme n’est pas dans l’ordre de la richesse matérielle. Il s’agit plutôt de l’amour sans partage pour lui, qui se traduit par des actes concrets de prière, d’hospitalité, de bienveillance et de gratitude.
Dans notre monde marqué par la boulimie de l’avoir, l’orgueil du savoir et l’arrogance du pouvoir, le concept de dignité est devenu un substantif sans substance. La vie humaine ne cesse d’être dégradée, chosifiée, idolâtrée, malgré de beaux discours sur les droits et la dignité de l’homme.
C’est dans ce contexte que nous pouvons situer la parole de Jésus adressée à ses apôtres, à son Église et au monde de notre temps :
« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. »
Si nous formulons cette parole au sens positif, nous sommes capables d’aimer authentiquement nos parents, nos frères et sœurs si nous sommes attachés à Jésus.
Jésus ne nous enseigne pas à être misanthropes ni à fuir ce monde. L’acceptation volontaire de la perte du « maximum utile » devient la condition pour gagner « l’Unique Nécessaire ». Le Fils de Dieu est lui-même l’Unique Nécessaire.
« Qui veut garder sa vie pour soi la perdra ; qui perdra sa vie à cause de moi la gardera. »
« Celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche à l’un de ces petits en qualité de disciple, ne perdra pas sa récompense. »
Dans la première lecture, Dieu bénit la famille qui avait donné l’hospitalité au prophète Élisée, en lui promettant le don précieux d’un enfant qui multipliera leur allégresse et donnera la dignité à la femme devenue mère.
L’impossible aux yeux des hommes devient possible aux yeux de Dieu par la foi vécue dans la charité. Les maisons toujours fermées, où les portails portent l’inscription « chien méchant », s’excluent des bénédictions divines.
4. PRIÈRE POUR LE DON DU SACRIFICE
Père de miséricorde, rends-nous fidèles à notre engagement baptismal afin de vivre par le Christ, avec le Christ et en Christ, pour témoigner ton amour envers nos frères et sœurs.
Seigneur, transforme nos cœurs de pierre en cœurs de chair, pour que tu sois notre unique part d’héritage et que le reste nous soit donné par surcroît.
Jésus, notre victoire, tu as porté la croix jusqu’au bout pour l’amour de tout homme. Viens à notre aide pour mourir avec toi afin de régner avec toi.
Que notre vie chrétienne ne soit pas un choix facultatif, mais une existence enracinée en toi, Parole éternelle du Père, l’Unique Nécessaire pour nous. Amen.
Bon dimanche, frères et sœurs.
Paix et joie dans nos cœurs et dans le monde.
Ton frère
Abbé Ferdinand Nindorera





