Chers frères et sœurs,
Le peuple de Dieu célèbre, en ce dimanche des rameaux, l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. D’abord, Jésus veut célébrer la Pâque des Juifs avec ses disciples. Ensuite, il veut transformer cette fête de libération en une Pâque nouvelle où il est lui-même l’Agneau immolé pour le salut de tous.
Le peuple chante un hymne solennel qui inquiète la classe des dirigeants. La foule acclame le Roi qui avance sur un âne, alors que les rois de la terre vont sur des chevaux. Cette foule, dans son enthousiasme, chante avec des rameaux dans les mains : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ».
Dans cette méditation, nous allons contempler la vocation de l’âne, qui illumine la nôtre, afin d’être disponibles à porter le Christ là où il veut.
1. LA VOCATION DE L’ÂNE
Dans sa décision de monter d’une manière royale à Jérusalem, Jésus dit à ses disciples : « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les chez moi ».
L’âne, cette bête de somme, est choisi parmi les autres animaux domestiques et reçoit l’honneur de porter le Roi de l’univers.
Si nous nous interrogeons avec les paroles du psaume 23 : « Qui est-il, ce Roi de gloire ? », c’est un Roi « doux et humble de cœur », qui avance sur un âne, cet animal sous-estimé par rapport au cheval.
Matthieu inscrit le choix de cet animal dans l’accomplissement de la prophétie. L’âne est l’un des animaux qui a eu le privilège d’être avec Jésus dans les moments importants de sa vie. Dans la grotte, il est présent. Sur le chemin de l’exil, c’est lui qui porte le Fils de Dieu loin de la folie meurtrière d’Hérode. En ce dimanche des rameaux, il porte à la Cité sainte le Sauveur du monde.
« Aux uns les chars, aux autres les chevaux » (Ps 20,8), mais le Fils de Dieu choisit l’animal méprisé, symbole d’humilité.
Dans Les Fables de La Fontaine, la peccadille de l’âne est jugée comme un crime pour avoir mangé l’herbe d’autrui sous l’effet de la faim, tandis que le lion, coupable de pires ravages, est absous. Telle est la justice de la cité terrestre, qui se distingue de la cité céleste selon saint Augustin (La Cité de Dieu, XIV, 28).
Saint Paul écrit : « Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort » (1 Co 1,27). Dans la seconde lecture de la Passion, il explicite l’identité de ce Roi assis sur une ânesse :
« Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes ».
2. L’ENTHOUSIASME DE LA FOULE
La foule est enthousiasmée et remplie d’allégresse. Elle honore cet animal souvent insulté, le couvrant de manteaux. Tout le long du chemin, les manteaux sont étendus par terre pour honorer l’entrée du Messie dans la cité du Grand Roi, Jérusalem.
La foule est inspirée : elle reconnaît en Jésus le Roi attendu, ce qui justifie ces honneurs. Il avance assis sur l’ânesse au milieu des acclamations.
Le mot grec enthousiasmos signifie « être inspiré par une divinité ». Cette foule immense marche devant Jésus, les palmiers à la main, en chantant :
« Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! »
Cette acclamation annonce déjà les chants de triomphe eschatologiques, lorsque l’Agneau immolé aura vaincu tous ses ennemis. Dans sa vision, l’auteur de l’Apocalypse écrit :
« Alors j’entendis comme le bruit d’une foule immense (…) qui clamait : “Alléluia ! (…) Soyons dans l’allégresse et dans la joie, rendons gloire à Dieu, car voici les noces de l’Agneau” » (Ap 19,6-7).
Cette foule de Jérusalem annonce l’Église future, née du sang du Roi des rois, crucifié, mort et ressuscité. La croix que Jésus porte devient le siège de sa royauté.
3. LA PANIQUE DES PUISSANTS
Pourquoi Jésus subit-il la Passion, la crucifixion et la mort ? La réponse apparaît dès la fin de son entrée triomphale :
« Toute la ville fut en proie à l’agitation et disait : “Qui est cet homme ?” »
La foule reconnaît Jésus comme le prophète de Nazareth en Galilée. Mais pour la classe dirigeante, il devient une menace.
Les grands prêtres se rangent du côté du pouvoir romain pour le condamner. La solidarité dans le mal n’est pas une amitié.
Deux raisons principales expliquent la mise à mort de Jésus : l’amour du pouvoir (philocratie) et l’amour de l’argent (philargyrie). Judas Iscariote, attiré par l’argent, trahit :
« Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? »
Combien de justes, aujourd’hui encore, sont trahis, condamnés injustement, victimes d’intrigues pour quelques avantages ou pour conserver un pouvoir vacillant ?
Jésus est victime de la jalousie et de l’égoïsme humains.
4. PRIÈRE POUR DEVENIR COMME L’ÂNE DE JÉSUS
Seigneur, « la chair est faible, mais l’esprit est fort ».
Comme l’âne de Buridan, qui meurt sans choisir entre le foin et l’eau, nous hésitons entre l’essentiel et le superflu.
Aie pitié de notre ignorance, Seigneur.
Comme l’âne qui porte les reliques des saints, nous cherchons parfois à nous attribuer tes honneurs.
Pardonne nos offenses, toi qui es notre Défense.
Transforme-nous en cet âne qui te porte où tu veux, guidé par toi, afin que toute langue proclame :
« Hosanna au plus haut des cieux »
et que toute chair confesse :
« Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père ».
Amen.
Bon dimanche des rameaux.
Paix et joie dans nos cœurs et dans le monde.
Ton frère,
Abbé Ferdinand Nindorera





