CULTURA - 22 marzo 2026, 18:12

Francophonie et patois: le Prix René Willien, gardien vivant de l’âme valdôtaine

A' travers la remise du Prix René Willien au Palais régional d'Aoste, la Vallée d'Aoste célèbre la vitalité de sa francophonie et de son patois, entre mémoire, identité et transmission culturelle

René Willien

René Willien

Lundi 23 mars, dans le cadre solennel mais toujours chaleureux du Palais régional d'Aoste, la Vallée d'Aoste a une nouvelle fois affirmé ce qui fait sa singularité en Europe: une identité linguistique plurielle, profondément enracinée dans son histoire. À l’occasion de la trentième édition du Prix littéraire René Willien, les institutions régionales, aux côtés du Centre culturel René Willien, ont rendu hommage à celles et ceux qui, par l’écriture, contribuent à faire vivre le français et le francoprovençal — le patois — bien au-delà d’un simple héritage.

Car ici, la francophonie n’est pas un décor institutionnel ni une survivance figée. Elle est une pratique, une respiration quotidienne, un marqueur politique aussi. Dans une région autonome comme la Vallée d'Aoste, le français reste langue officielle aux côtés de l’italien, mais c’est surtout dans des initiatives culturelles comme ce prix qu’il trouve sa dimension la plus authentique: celle d’un outil de création, de transmission et de résistance.

Le premier prix, attribué à Ditsiounèri de la moda dou Gòbi - patois-italiano/italiano-patois, réalisé par Etty De La Pierre et Paola Alberta Lazier, sous la responsabilité scientifique de Andrea Rolando, illustre parfaitement cet enjeu. En sauvegardant le patois de Gaby, enclave francoprovençale dans un environnement walser, ses auteures accomplissent un travail bien plus vaste qu’un simple dictionnaire. Elles participent à une lutte silencieuse contre l’érosion linguistique, dans un contexte où les langues minoritaires sont souvent reléguées à la sphère privée, quand elles ne disparaissent pas tout simplement.

Le deuxième prix a été attribué à Au mois de Marie. Canti mariani in Vallée d’Aoste, signé par Carlo A. Rossi, Mauro Balma et Cesare Charruaz. Ce travail met en lumière le chant dévotionnel comme moment de partage et d’identité. À travers ces pages, c’est toute une mémoire collective qui est sauvée de l’oubli, redonnant voix à une tradition qui risquait de se dissoudre en quelques années.

Les troisièmes prix ex æquo récompensent deux œuvres complémentaires: Notre Histoire, la Vallée d’Aoste du Néolithique à l’an Deux mille – La nostra Storia, la Valle d’Aosta dal Neolitico al Duemila de Joseph-Gabriel Rivolin, et Valle santa patria carnale. Fisica e metafisica del regionalismo valdostano de Andrea Désandré. Entre synthèse historique accessible et réflexion sur le régionalisme, ces ouvrages témoignent de la richesse intellectuelle valdôtaine et rappellent que la francophonie locale n’est pas seulement tournée vers le passé, mais qu’elle est aussi un instrument d’analyse du présent et de construction de l’avenir.

Une mention spéciale a également été attribuée à Valle d'Aosta. Borghi, boschi e castelli lungo il Cammino Balteo de Maria Vassallo et Enrico Formica, une œuvre qui valorise le territoire à travers une approche sensible et immersive.

Au fond, ce Prix René Willien agit comme un miroir: celui d’une région qui refuse de choisir entre modernité et tradition, entre ouverture et enracinement. Dans un monde où l’uniformisation culturelle progresse, la Vallée d'Aoste fait le pari inverse: celui de la diversité linguistique comme richesse et comme levier politique.

Et c’est peut-être là que réside le message le plus fort, Piero: le patois et le français ne sont pas des reliques à protéger sous cloche, mais des langues vivantes, capables de raconter le présent autant que le passé. Encore faut-il continuer à leur donner des espaces, des voix… et des raisons d’exister.

je.fe.

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