En ce second dimanche du Temps ordinaire, le prophète Isaïe, Jean le Baptiste et saint Paul nous invitent à prendre conscience de notre vocation : être serviteurs de la paix, de l’unité et de la joie.
La condition est d’être unis à l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.
Le thème au cœur des trois lectures est le fondement même de notre dignité : chaque personne a de la valeur.
Comment découvrir que j’ai du prix devant le Seigneur malgré mes faiblesses et mes défaillances ?
Comment réaliser, dans ma tâche quotidienne, cette valorisation afin de rassembler dans l’unité l’humanité dispersée ?
1. Chaque personne a du prix
Voici les paroles du prophète Isaïe qui nous remplissent de joie et d’espérance :
« Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. »
Selon le cardinal John Henry Newman, proclamé docteur de l’Église par le pape Léon XIV, cette conscience d’avoir de la valeur aux yeux de Dieu – même lorsque l’on se sent méprisé par les autres – n’est pas le fruit d’une démonstration logique, mais l’effet d’une intuition profonde qui crée cette certitude intérieure.
C’est de l’intériorité que jaillit cette lumière : je n’existe pas par hasard. C’est le moi conscient d’être une créature qui découvre qu’il est valorisé par le Créateur.
En corrigeant le rationalisme de Descartes qui affirme : « Cogito ergo sum » (je pense donc je suis), Newman répond : « Sentio ergo sum ». Je suis, non parce que je sais, mais parce que je sens.
La conscience de soi me permet de dire que je suis un enfant aimé de Dieu. Newman formule encore : « Conscientiam habeo, ergo sum ». Autrement dit, j’ai la conscience d’exister, d’être aimé, d’être un don voulu et valorisé par le Créateur.
Ainsi, chaque personne, étant un autre moi-même, a du prix. C’est pourquoi Hans Urs von Balthasar nous invite à oser espérer pour tous, car chacun a de la valeur aux yeux du Seigneur.
Cette lecture du prophète Isaïe annonce le véritable Serviteur qui souffre et meurt pour nous. Jésus, l’Agneau sans tache, nous a rachetés à un prix sans mesure.
2. Voici l’Agneau de Dieu
Lors du baptême du Seigneur, Jean Baptiste voit Jésus et le désigne ouvertement comme l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.
Cette préférence de l’Agneau de Dieu par rapport au « bouc émissaire » ou au « veau d’or » n’est pas sans fondement biblique. Dieu envoie un bélier pour l’holocauste à la place d’Isaac sur le mont Moriah (Gn 22, 1-14).
Le sang de l’agneau de l’Exode marquait les portes des Israélites, les distinguant de celles des Égyptiens, dans l’œuvre grandiose de la libération du peuple de Dieu.
Jésus est appelé Agneau de Dieu parce que son sang nous libère de notre captivité intérieure.
Pourquoi Jean Baptiste parle-t-il du péché du monde au singulier, alors que nous sommes entourés de tant de péchés ?
L’Exultet de la nuit pascale répond clairement à cette question :
« C’est lui qui remit pour nous au Père éternel le prix de la dette contractée par Adam. C’est lui qui versa son sang par amour pour effacer la condamnation du premier péché. »
Saint Augustin écrit dans Introduction à la doctrine de la grâce :
« Le salut est un don de Dieu. C’est Dieu qui pardonne nos péchés, qui nous donne la foi et la persévérance.
Puisque nous n’avons accompli aucun bien pour mériter ces dons, le bénéfice nous a été offert gratuitement.
Dieu nous a sauvés dans le bain de la régénération, non par notre justice, mais par sa miséricorde. »
L’Agneau de Dieu est cette miséricorde du Père incarnée.
3. La foi et la mission
Dans le témoignage de Jean Baptiste, le verbe « connaître » revient à deux reprises.
Il dit d’abord : « Moi, je ne le connaissais pas ; mais si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. »
Puis il déclare : « J’ai vu l’Esprit descendre sur lui comme une colombe, et j’ai cru qu’il est le Fils de Dieu. »
Il n’existe pas toujours de lien automatique entre connaître, voir, croire et témoigner. On peut connaître sans croire, voir sans croire, ou croire sans voir. Mais on ne peut pas croire sans rendre témoignage.
Jean Baptiste ne savait pas encore que Jésus était le Messie ; c’est l’événement du baptême qui le conduit à croire et à attester que Jésus est le Fils de Dieu.
Saint Paul, lui aussi, se reconnaît précieux aux yeux du Seigneur : c’est par la volonté de Dieu qu’il a été choisi pour être apôtre du Christ Jésus.
En lui s’accomplit cette parole d’Isaïe :
« Je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »
Avec Sosthène, Paul témoigne à la communauté de Corinthe que Jésus est source de paix, de grâce et de tout bien. En Jésus-Christ, nous sommes tous appelés à la sainteté.
4. Prière pour la paix et l’unité
Accorde-nous, Père très bon, la grâce de répondre à notre vocation de serviteurs de l’unité.
Face à la boulimie de l’avoir et du pouvoir qui nourrit les guerres, donne-nous, Seigneur, la joie de vivre en frères et sœurs, car toute personne a du prix à tes yeux.
Transforme-nous en instruments de ta paix, afin que ton salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre.
Amen.
Bon dimanche, frères et sœurs.
Paix et joie dans nos cœurs et dans le monde.
Ton frère,
Abbé Ferdinand Nindorera
Ton frère,
Abbé Ferdinand Nindorera





