Saint Paul écrit à son disciple Tite cette parole qui synthétise la vie du chrétien : « Par le bain du baptême Dieu nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l'Esprit Saint » (Tt 2,5). Les baptisés sont appelés par l'apôtre « des saints », car « le malheur de l'homme est de ne pas être saint », affirme Léon Bloy.
Quelle est l'originalité du baptême chrétien par rapport à d'autres rites cultuels et culturels d'initiation ? Quelle est la différence entre un baptisé et un non-baptisé ?
Le baptême de Jésus dans le Jourdain, qui anticipe son baptême par sa mort et sa résurrection, va éclairer ces interrogations.
1. JÉSUS EST LE FAVORI DU PÈRE
La première lecture peut être interprétée comme la surprise de Dieu dans l’œuvre de notre libération. Dieu a son temps, qui échappe à nos prévisions. Au temps fixé, il fait une épiphanie au peuple croupissant dans l’esclavage. Il suscite son serviteur, qui sera son instrument. Ce serviteur est investi du pouvoir royal, sacerdotal et prophétique.
Comme roi soutenu par Dieu, il a la mission d’établir le droit. C’est un roi doux et humble de cœur, car il ne crie pas pour faire peur au peuple comme certains rois violents de la terre. Au contraire, ce roi libérateur a souci du pauvre et du malheureux : « il ne brise pas le roseau qui fléchit et n’éteint pas la mèche qui faiblit ». Son pouvoir a une dimension universelle fondée sur le droit, où les lointains deviennent aussi citoyens régis par la loi juste. Cette lecture peut éclairer les souverains de notre temps pour qu’ils gouvernent le peuple non comme des animaux de somme, mais avec la non-violence active.
Ce roi mystérieux a aussi le pouvoir sacerdotal en tant que serviteur et sacrifice du peuple. Comme prophète, il annonce la paix, dénonce l’injustice et vit dans le renoncement de soi. Ce roi exceptionnel annonce la venue du Fils de Dieu dans le monde.
2. JÉSUS SE FAIT L’UN DE NOUS
Jésus accomplit la prophétie du livre de la consolation du second Isaïe. Jésus dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez et qui ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,28-29).
Lors de son baptême, Jean commence d’abord à opposer résistance, car il se sent indigne de baptiser un saint qui n’a pas besoin de faire pénitence pour ses péchés. Jésus se fait baptiser pour être solidaire de l’humanité qu’il vient délivrer. Il est l’Agneau de Dieu qui porte sur ses épaules le poids de nos péchés quand le moment viendra. C’est pourquoi il ordonne à Jean de lui faire ce baptême, « car il convient que tout soit accompli en toute justice ».
Après l’immersion, Jésus émerge des eaux : c’est un signe de victoire qui anticipe sa Pâque. À ce moment-là apparaît dans le ciel une théophanie qui fait une investiture solennelle : Jésus est le Fils de Dieu. La voix du Père se fait entendre et l’Esprit Saint descend sur lui sous forme de colombe. Jésus est le Fils en qui le Père trouve sa complaisance. Jésus est la joie du Père.
Cet événement de la manifestation de la sainte Trinité transformera le baptême de conversion en un nouveau baptême qui sera l’immersion dans l’océan de l’amour trinitaire. Nous sommes baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
3. LA CATHOLICITÉ DU BAPTÊME
Le mot « catholique », du grec kata holon, veut dire « selon le tout ». Katholikē ekklēsia, Église catholique, devient porteuse du salut universel. Saint Augustin écrit : « Nous sommes le monde ! L’Église parle la langue de chaque peuple. À peine ils ont commencé à prêcher la vérité, et voici que le fleuve, le fleuve de Dieu, a inondé toute la terre. L’Évangile a rempli la terre ; la montagne qui est le Christ a occupé toute la terre (...). Le monde entier peut crier avec l’Église : J’ai su et je sais que le Seigneur est grand » (Sermon 87,7).
La seconde lecture nous montre que Dieu ne fait préférence à personne : « Il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes ». Son amour embrasse tout l’univers. Le psaume 28 chante la magnificence du Seigneur qui s’étend sur toutes les créatures en ces paroles : « Le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre et tous, dans son temple, s’écrient : Gloire ! ».
Le témoignage de Pierre chez le centurion romain Corneille éclaire le prédicateur d’aujourd’hui, qui doit vaincre la peur, parler avec assurance de la raison de notre foi, qui n’est autre que le Christ crucifié, mort et ressuscité. Notre baptême devient le passage de l’esclavage du péché à la liberté des enfants de Dieu par la mort et la résurrection du Christ.
Le baptême de Corneille, homme pieux, craignant Dieu, et de tous les païens réunis dans sa maison, manifeste la dimension universelle du salut, qui nous rend tous frères et sœurs. Désormais, les païens sont reçus dans l’Église sans qu’on les astreigne aux prescriptions de la Loi.
Saint Augustin, après avoir reçu le baptême avec son fils Adéodat par l’évêque Ambroise, dit : « Avant, tu étais mon fils dans la chair ; désormais tu es mon frère dans la grâce ».
4. PRIÈRE POUR LA FIDÉLITÉ À NOTRE BAPTÊME
Seigneur Jésus, d’un cœur simple nous te prions. Tu es notre part d’héritage. Tu es le don du Père ! Tu es notre joie ! Tu es au milieu de nous pour nous combler de consolation.
Donne-nous la force de témoigner à tous les hommes une parfaite douceur, d’annoncer ton amour et ta vérité à travers la bienveillance.
Que notre baptême, qui est la participation à la vie trinitaire, nous pousse à devenir le sel de la terre et la lumière du monde, en contribuant à édifier une civilisation de joie, de paix et d’amour.
Sois béni, Seigneur, pour l’éternité, et que le monde entier chante la joie d’être sauvé. Amen.
Bon dimanche du Baptême du Seigneur.
Paix et joie dans nos cœurs et dans le monde.
Ton frère,
Abbé Ferdinand Nindorera





