Le Dieu vivant nous parle, nous appelle, nous invite à travailler dans sa vigne. Il n'est pas une divinité hypothétique, qui pense à soi-même, qui meut tout sans se mouvoir. Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob nous aime et prend le risque de nous confier une mission tout en respectant notre libre arbitre. Cette parole de Dieu qui nous est adressée traverse notre histoire personnelle et Dieu sait attendre avec patience notre réponse. Les lectures de ce dimanche éduquent notre conscience afin que la parole devienne action et que la vision des signes renforce notre foi pour aller sans condition à oeuvrer dans la vigne du Seigneur. Notre oui définitif accompagné par l'engagement à faire la volonté du Seigneur devient la sainteté au quotidien qui est cohérence de vie.
1. L'HYPOCRISIE OU LA PEUR DU RISQUE?
L'Évangile de ce dimanche est une réponse que Jésus donne aux pharisiens sous forme de parabole. Il leur dit: "Un homme avait deux fils". On se rend compte que dans cette famille règne un climat malsain de mésentente entre les deux fils. Quand l'un dit non, l'autre dit oui. Qui consent d'aller travailler dans la vigne, n'y va pas, qui refuse d'y aller, se repent et finit par obéir au père.
Certains passages de la Bible nous présentent une relation d'opposition et de conflictualité entre deux fils. À titre illustratif, nous pouvons citer: Caïn et Abel (Gn4,5-8), Esaü et Jacob (Gn25,27-34), les deux frères qui ne se mettent pas d'accord dans la parabole du fils prodigue(Lc15,29-30).
Qui sont ces deux fils du même père? Pourquoi le deuxième fils promet sans réaliser la promesse? Voulait-il défier son grand frère pour gagner de la sympathie du père? Avait-il réalisé les difficultés de cette mission? Qu'est-ce que Jésus est en train de dénoncer? Le texte nous invite au discernement qui précède et oriente notre agir.
Jésus veux que nous opérions un choix décisif pour participer à notre salut.
Le fils qui dit "oui" au père tout en refusant d'aller travailler dans la vigne, représente beaucoup de personnes qui soignent plus le paraître que l'être. Il s'agit du péché qui porte le nom d'hypocrisie que Jésus dénonce avec vigueur. Le "oui" sans action est la religion de routine, la religion sociologique où les adhérants ne sont pas touchés par la parole qui sort de la bouche du Seigneur. L'autre aspect de la violation de nos promesses est anthropologique. Il s'agit de la conscience de la possibilité de l'échec liée à notre condition d'inadéquation. Combien de fois je promets au Seigneur que je vais le suivre partout où il est, mais concrètement je reste sur mes habitudes? Cette incohérence de vie dans le christianisme scandalise ceux qui sont encore en dehors de l'Église. La vie du chrétien n'est jamais privée ou neutre. Nous ne passons jamais inaperçus. Le péché nous expose et nous dénonce. Mais l'amour du Seigneur nous donne l'occasion de nous repentir.
2. TARD JE T'AI AIMÉ BEAUTÉ ANCIENNE ET SI NOUVELLE
Saint Augustin est comparable au premier fils qui refuse d'aller à la vigne du père. Après un long examen de conscience, cette descente dans le fond sans fond de l'intériorité où réside la racine de l'être, saint Augustin écrit: "Tard je T'ai aimé, Beauté ancienne et si nouvelle;Tard je T'ai aimé. Tu étais au-dedans de moi et moi j'étais dehors, et c'est là que je T'ai cherché. Tu étais avec moi et je n'étais pas avec Toi..Tu m'a appelé, Tu as crié, et Tu as vaincu ma surdité"(Conf.X,27,38).
Le premier fils après un discernement, prend une décision irrévocable pour accomplir la volonté du père. Ce fils qui adhère à la volonté du père représente les personnes qui ont la conscience de l'intrinsèque condition de leur inachèvement. Cette attitude est une étappe fondamentale de la conversion si nous mettons notre espoir en celui qui nous appelle. L'histoire nous montre des personnes qui dans le passé menaient une vie dissolue, mais une fois que la parole du Seigneur les a touchées au plus profond de leur être, sont devenues des fidèles serviteurs fervents du Seigneur.
Saint Paul confesse qu'il a persécuté l'Église du Seigneur et reconnaît la puissance de la grâce de Dieu sur sa misère. Désormais, ce n'est plus lui qui vit, mais c'est le Christ qui vit en lui. Le persécuteur acharné de l'Église du Seigneur devient un témoin infatigable de l'Évangile jusqu'au martyr.
Dans l'Église du Seigneur, cohabitent ces deux frères. Le Pape Bénoît XVI dit que le père avait trois fils: le premier qui dit non mais qui va dans la vigne, le second qui dit oui sans y aller, le troisième qui dit oui et agit. Ce dernier est Jésus le Fils à qui le Père a mis toute sa complaisance. Saint Ambroise qui a baptisé saint Augustin disait que "L'Eglise en soi est sans péché, mais elle n'a jamais existé sans pécheurs "(Non in se, sed in nobis vulneratur Ecclesia).
3. HARMONISER LA PAROLE AVEC L'ACTION, LA VUE AVEC LA FOI.
Qu'est-ce que nous pouvons retenir de cette parabole de Jésus?
Jésus condamne les pharisiens et les chefs des prêtres hypocrites qui promettent sans honnorer la promesse.
Le premier fils qui dans un premier temps résiste d'aller dans la vigne nous interpelle à ne pas juger les personnes vulnérables. Dieu ne désespère de personne. Dans la première lecture, Dieu par la bouche du prophète Ezechiel proclame: "Si le méchant se détourne de sa méchanceté, il sauvera sa vie".
Dans la seconde lecture, saint Paul nous invite à vivre dans l'humilité en imitant le Fils de Dieu qui s'est abaissé pour sauver les pécheurs que nous sommes.
4. PRIÈRE POUR L'OBÉISSANCE À LA PAROLE
Père très Bon, Tu es notre Dieu sensible au coeur.
Tu ne cesses de nous appeler pour nous envoyer dans ta vigne qui est le monde entier. Ce monde créé par amour et protégé par ta divine providence a toujours besoin de Toi. Il a faim et soif de ta Parole.
Rends-nous instruments de ta Paix pour que le monde passe de son obscurité à ton admirable lumière.
Jésus, Fils du Dieu vivant, Tu es la Parole Vivante. Ton Oui à la volonté du Père pour rejoindre tout homme ne connaît ni doute ni contradiction.
Aide-nous à vivre dans la cohérence entre l'écoute de ta Parole et sa mise en pratique, entre la vue de tes signes et la conversion du coeur.
Rends-nous messagers de ta Bonne nouvelle afin que le monde en voyant notre témoignage rende gloire à Dieu.
En Toi nous croyons, nous espérons et nous aimons. Amen!
Bon dimanche frères et soeurs
Paix et joie dans nos coeurs et dans le monde.
Ton frère Abbé Ferdinand Nindorera