FEDE E RELIGIONI - 16 settembre 2026, 08:00

Le Saint-Siège appelle à une gouvernance éthique du nucléaire et de l’intelligence artificielle

À Vienne, lors de la 70e Conférence générale de l’AIEA, le Saint-Siège réaffirme son soutien aux usages pacifiques de l’énergie nucléaire et appelle à renforcer les garanties, la sûreté et la coopération internationale. Face au développement rapide de l’intelligence artificielle dans le secteur nucléaire, Mgr Paul Richard Gallagher plaide pour une innovation encadrée par l’éthique, le contrôle humain et la recherche du bien commun

À l’heure où les technologies nucléaires connaissent de nouvelles évolutions et où l’intelligence artificielle ouvre des perspectives inédites dans ce domaine, le Saint-Siège entend rappeler que le progrès scientifique ne peut être dissocié de la responsabilité. C’est le message porté à Vienne par Mgr Paul Richard Gallagher, Secrétaire pour les Relations avec les États et les Organisations Internationales, à l’occasion de la 70e session ordinaire de la Conférence générale de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui se déroule du 13 au 18 septembre.

Dans son intervention, Mgr Gallagher a d’abord transmis aux participants les salutations et les vœux du Pape Léon XIV. Il a également félicité le président et les membres du Bureau nouvellement élus, tout en saluant le travail accompli par le directeur général de l’AIEA, Rafael Mariano Grossi, ainsi que par le Secrétariat de l’Agence.

Il y a soixante-dix ans, en devenant l’un des signataires fondateurs de l’AIEA, le Saint-Siège avait déjà affirmé sa conviction que les technologies nucléaires, compte tenu de leur potentiel considérable, devaient être encadrées par des principes éthiques solides et mises au service de la paix et du développement humain. Mgr Gallagher a ainsi rappelé que le Saint-Siège demeure convaincu qu’une technologie « au potentiel aussi vaste doit être guidée par des principes éthiques solides, être mise au service de la paix et du développement humain intégral, et être protégée contre toute utilisation destructrice ».

Malgré l’évolution des « réalités géopolitiques » et les progrès exponentiels accomplis par la technologie nucléaire depuis la création de l’Agence, la position du Saint-Siège reste donc inchangée. Selon Mgr Gallagher, l’utilisation pacifique de l’énergie atomique doit continuer à être guidée par des principes éthiques immuables.

Pour le Saint-Siège, l’utilisation pacifique de la technologie nucléaire constitue un exemple significatif de la manière dont le progrès scientifique et technologique peut être mis au service de l’humanité et contribuer au bien commun. Cette ambition suppose toutefois que tous les États puissent bénéficier des applications pacifiques du nucléaire, dans le respect de leurs obligations internationales, afin de favoriser la coopération, le développement intégral et la confiance mutuelle.

Dans ce cadre, Mgr Gallagher a insisté sur le rôle de l’AIEA dans la promotion d’une utilisation « sûre, sécurisée et pacifique des technologies nucléaires ». Il a notamment mis en avant le programme de coopération technique de l’Agence, ses initiatives de renforcement des capacités et son soutien aux institutions nationales. L’AIEA joue également, selon le représentant du Saint-Siège, un rôle unique pour permettre aux États de développer les applications nucléaires dans des secteurs aussi essentiels que la santé humaine, la production alimentaire et l’énergie.

Cette question revêt une importance particulière pour les pays en développement, alors que l’accès aux applications nucléaires demeure « inégal ». Mgr Gallagher estime ainsi que le renforcement des capacités scientifiques et technologiques de ces pays constitue une étape essentielle vers le développement durable et la réduction des disparités entre les nations.

Le Saint-Siège rappelle toutefois que le droit à l’utilisation pacifique de la technologie nucléaire est indissociable des responsabilités qui l’accompagnent. Parmi celles-ci figure notamment l’engagement des États non dotés d’armes nucléaires à ne pas chercher à s’en procurer. Dans cette perspective, les garanties de l’AIEA sont présentées comme indispensables pour instaurer la confiance et veiller à ce que les programmes nucléaires demeurent exclusivement consacrés à des fins pacifiques. La mise en œuvre cohérente et équilibrée de garanties efficaces doit, selon le Saint-Siège, contribuer à préserver la confiance, la transparence et la coopération internationale.

Le représentant du Saint-Siège a également évoqué les 40 ans écoulés depuis la catastrophe de Tchernobyl, dont l’anniversaire est marqué cette année. Il a décrit cet événement comme une tragédie ayant profondément marqué la prise de conscience de la communauté internationale sur l’importance de la sûreté nucléaire et sur les conséquences potentiellement dramatiques des accidents.

Quatre décennies après la catastrophe, cet héritage demeure un avertissement. Pour le Saint-Siège, les bénéfices liés aux technologies nucléaires doivent constamment être mis en balance avec les exigences de sûreté, de sécurité et de responsabilité. La protection physique des installations nucléaires représente ainsi une préoccupation particulièrement urgente, notamment dans les situations de conflit armé.

Le Saint-Siège réaffirme dans ce contexte que les attaques contre des installations nucléaires ne doivent jamais avoir lieu. De telles attaques pourraient provoquer des rejets radioactifs susceptibles d’avoir de graves conséquences humanitaires et environnementales, y compris au-delà des frontières des États concernés.

Les événements récents ont, selon Mgr Gallagher, une nouvelle fois démontré la gravité de ces risques. Ils soulignent la nécessité d’adopter des approches responsables et durables pour l’ensemble des activités nucléaires, depuis l’extraction de l’uranium jusqu’à la gestion des déchets radioactifs. Cette approche doit également intégrer la protection de l’environnement, la santé publique et le bien-être des générations présentes et futures.

L’un des enjeux les plus nouveaux abordés lors de cette conférence concerne toutefois la convergence croissante entre l’intelligence artificielle et l’énergie nucléaire. Le Saint-Siège salue les initiatives prises par l’AIEA pour favoriser une réflexion internationale sur les défis liés à l’accélération des évolutions technologiques, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle.

Mgr Gallagher a rappelé que l’Agence avait organisé, en décembre dernier, un premier symposium international consacré à l’intelligence artificielle et à l’énergie nucléaire. Cette rencontre a permis de mettre en évidence les perspectives offertes par le potentiel transformateur de l’IA, mais aussi les enjeux stratégiques associés à son développement dans le secteur nucléaire.

La convergence entre ces deux technologies peut, selon le Saint-Siège, ouvrir des perspectives prometteuses pour améliorer la sûreté, l’efficacité et l’innovation. Mais elle comporte également de nouveaux risques qui exigent une réflexion éthique approfondie, de la prudence et une gouvernance responsable.

Pour appuyer cette position, Mgr Gallagher a cité le Pape Léon XIV et sa première encyclique, Magnifica Humanitas, dans laquelle le souverain pontife met en garde contre une vision du progrès dictée uniquement par l’urgence. « Si nous nous concentrons uniquement sur les contingences, nous risquons de laisser la succession des urgences dicter la direction de notre chemin », a rappelé le représentant du Saint-Siège.

Cette conception conduit le Saint-Siège à défendre une vision de l’innovation technologique fondée sur le respect de la dignité de chaque personne humaine, la protection de la santé de tous et la sauvegarde de la création. L’objectif ultime doit rester, selon cette approche, le bien commun plutôt que la seule recherche de la performance technologique.

L’application de l’intelligence artificielle au domaine nucléaire devrait donc reposer sur une prise de conscience claire des risques, un contrôle humain efficace, des normes de sûreté et de sécurité rigoureuses ainsi qu’une coopération internationale renforcée. Pour Mgr Gallagher, c’est à cette condition que ces nouvelles technologies pourront véritablement contribuer à la paix, à la sécurité, à la santé humaine et à la prospérité des générations présentes et futures.

red