Le débat sur l’assestement budgétaire régional a mis en lumière à la fois des convergences ponctuelles et des clivages politiques marqués. Si deux initiatives ont réussi à rassembler l’ensemble des groupes représentés au Conseil, la très grande majorité des propositions examinées au cours de la journée n’a pas obtenu le soutien nécessaire. Au-delà des votes, les échanges ont également révélé les tensions entre majorité et opposition quant à la méthode d’examen des amendements et des orientations politiques liées aux nouvelles ressources inscrites au budget.
La première résolution approuvée, présentée conjointement par les groupes Lega Vallée d'Aoste et La Renaissance Valdôtaine, engage le Gouvernement régional à ouvrir rapidement des discussions avec les sociétés concessionnaires RAV et SAV afin d’évaluer plusieurs interventions destinées à améliorer les aires de service autoroutières. Parmi les mesures envisagées figurent la création d’une nouvelle aire de stationnement à la sortie de l’autoroute de Châtillon, entre le péage et l’intersection avec la via Emilio Chanoux, afin d’encourager les automobilistes à s’arrêter et à découvrir également les communes voisines. Le texte prévoit aussi le rétablissement ou la création de nouveaux systèmes d’irrigation pour préserver la végétation durant les périodes de sécheresse estivale, ainsi que la plantation de nouveaux espaces verts aux abords du péage d’Aoste Est et sur les secteurs compris entre Pont-Saint-Martin et Courmayeur, où les effets du manque d’eau sont particulièrement marqués. Cette initiative traduit une volonté d’améliorer l’image touristique du territoire tout en intégrant des préoccupations environnementales liées au changement climatique.
Le second ordre du jour adopté, proposé par le groupe PD-Federalisti Progressisti VdA puis amendé en accord avec l’assesseur régional à la Santé, concerne la transparence des investissements extraordinaires de l’USL. Le Gouvernement régional devra transmettre à la commission compétente, dans un délai approprié après l’entrée en vigueur de la loi d’assestement, un tableau analytique des interventions financées, accompagné de leurs calendriers de réalisation. Avant l’examen du prochain budget prévisionnel, il devra également présenter un rapport détaillé sur l’affectation des ressources votées, les projets concernés ainsi que le calendrier des dépenses, avec la possibilité d’organiser une audition spécifique. Cette décision répond à une demande de suivi politique renforcé des investissements dans le secteur sanitaire, alors que les dépenses de santé représentent une part croissante du budget régional.
En revanche, la quasi-totalité des autres initiatives examinées n’a pas franchi l’étape du vote. Les deux propositions des Autonomistes de Centre relatives, d’une part, aux modalités de mise à disposition d’un équipement du Consortium des producteurs de lait et de Fontina au profit des producteurs privés et, d’autre part, à la gestion de la piscine de Saint-Vincent, ont été rejetées. Les textes cosignés avec La Renaissance Valdôtaine sur le suivi des surcoûts des travaux publics et sur le soutien aux entreprises confrontées aux dépenses du réseau de lutte contre l’incendie ont également été écartés.
Les groupes Lega Vallée d'Aoste et La Renaissance Valdôtaine ont vu rejetées quatre autres propositions concernant notamment le suivi des retombées économiques des grands événements culturels, touristiques et sportifs, la révision de la destination urbanistique du quartier Dora à Aoste, la création d’un pôle scolaire et sportif en moyenne vallée ainsi qu’une analyse structurelle des causes du déficit de gestion de l’USL. Les deux initiatives déposées uniquement par la Lega Vallée d'Aoste, portant sur le guichet « Voci di colori » et sur les barrières de protection des ponts d’Introd et de Châtillon, n’ont pas davantage convaincu la majorité.
Du côté de Fratelli d’Italia, une première proposition consacrée à la valorisation du patrimoine scolaire de la moyenne vallée et à la création d’un pôle régional dédié au sport, à la montagne et à la haute formation a également été rejetée. Les PD-Federalisti Progressisti VdA ont, quant à eux, vu trois autres initiatives refusées, notamment celles concernant une plateforme régionale de programmation des investissements locaux, les critères de répartition des financements aux collectivités et le projet de Casa Berton destiné au secteur associatif. Enfin, une proposition d’Alleanza Verdi e Sinistra visant à étudier l’ancien Centre pour l’emploi du quartier Cogne à Aoste comme alternative à Casa Berton pour accueillir la Maison du bénévolat n’a pas obtenu le soutien du Conseil. À l’issue de cette journée, huit ordres du jour restaient encore à examiner, dont trois d’AVS et cinq de Fratelli d’Italia.
Le climat politique s’est tendu dès la séance matinale, après le rejet des trois premières propositions de l’opposition. Le président du groupe Fratelli d’Italia, Alberto Zucchi, a demandé une suspension des travaux afin de réunir les groupes minoritaires. À la reprise, le chef de groupe de la Lega Vallée d'Aoste, Andrea Manfrin, a estimé que les groupes d’opposition constataient « une fermeture nette à l’égard de nos initiatives », demandant au président de la Région si la majorité entendait rejeter systématiquement l’ensemble de leurs propositions. En réponse, le président de la Région, Renzo Testolin, a sollicité une nouvelle suspension pour consulter les groupes de la majorité avant d’affirmer que le Conseil poursuivait une approche fondée sur le dialogue et l’examen sérieux des propositions. Il a rappelé que certaines pouvaient être acceptées, parfois après modification, tandis que d’autres ne répondaient pas aux orientations de la majorité. Alberto Zucchi a finalement pris acte de cette réponse, précisant que l’opposition ne s’attendait pas à voir toutes ses propositions adoptées et se déclarant satisfaite des explications fournies.
Au-delà du résultat des votes, cette première phase de l’examen de l’assestement budgétaire met en évidence le fonctionnement de l’équilibre politique valdôtain. Les rares convergences obtenues concernent des sujets techniques ou institutionnels bénéficiant d’un large consensus, tandis que les propositions touchant aux priorités d’investissement, à la gestion des services publics ou aux choix stratégiques du développement régional continuent de cristalliser les oppositions. La suite des débats, avec l’examen des ordres du jour encore en attente et des prochaines étapes budgétaires, permettra de mesurer si cette ouverture ponctuelle au compromis peut s’élargir ou si la confrontation entre majorité et opposition demeurera la caractéristique dominante de cette législature.