SI LE CHRIST N'EST PAS RESSUSCITÉ, VAINE EST NOTRE FOI
La Pâque glorieuse (2026)
La Pâque est le fondement de notre être chrétien. En Jésus, l'amour vainc tout. "Omnia vincit amor" (Virgile). La Pâque n'est pas un mythe, mais un événement qui transforme notre vie de l'intérieur et oriente notre histoire vers sa victoire définitive que Dieu seul peut réaliser. La Pâque du Seigneur opère le passage de la mort éternelle à la vie éternelle, des ténèbres absolues de l'esprit à la lumière absolue de Dieu. Avec la victoire du Christ sur les enfers, "les ténèbres ne sont pas ténèbres et la nuit comme le jour est lumière". Ainsi, la Pâque devient la coïncidence admirable des opposés irréconciliables : la gloire et la croix.
Saint Paul écrit pour confirmer que la Pâque du Seigneur est le fondement de notre existence chrétienne : "Si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine et votre foi aussi est vaine" (1Cor15,14).
1. JÉSUS VAINQUEUR DE LA MORT
La Pâque de notre Seigneur Jésus Christ est l'œuvre de la Sainte Trinité. Le Père et le Fils sont unis dans l'Esprit. Saint Paul dit : "Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité le Christ d'entre les morts vivifiera vos corps mortels à cause de son Esprit qui habite en vous" (Rm8,11).
La résurrection du Christ est notre paix, notre espérance et notre joie. Sans la résurrection, nous serions embarqués sans destination, notre voyage serait sans port. Rien n'est plus dangereux que marcher sans savoir où aller. L'événement pascal est le fondement de la liberté des enfants de Dieu. Cette liberté, qui définit l'homme, est grâce et "liberum arbitrium" qui doit se confronter avec les autres libertés. Sans la grâce de la résurrection, notre liberté devient tyrannie, violence, amour de soi jusqu'à l'oubli de l'autre pour lequel Jésus est mort et ressuscité.
La résurrection du Christ est annoncée dans sa Parole, ses gestes et ses signes.
La première lecture du jour témoigne que Jésus ressuscité d'entre les morts "faisait du bien là où il passait et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui" (Act.10,34-43). Jésus, qui a vaincu la mort, est "cette pierre angulaire rejetée par les bâtisseurs devenue la pierre d'angle" (Ps117). Le Christ vainqueur de la mort réalise "le grain de blé qui, une fois tombé en terre et mort, produit beaucoup de fruit" (Jn12,24).
Cet homme du vendredi saint, dénigré, ensanglanté, humilié, sans beauté ni éclat, devient avec le matin de Pâque "la beauté qui sauve" le monde selon l'expression de Fëdor Dostoevskij. Le Christ qui sort victorieux des enfers chaotiques nous montre qu'après la "via crucis", il y a la "via lucis" et la "via pacis". La Pâque nouvelle nous trace la voie de l'espérance. Le mal n'a pas le dernier mot, car l'amour a vaincu la mort, la croix a vaincu l'enfer. Par conséquent, la raison de notre existence est de "rechercher les réalités d'en haut, là où est le Christ" (Col3,1-4).
2. LA NUIT DANS L'HISTOIRE DU SALUT
"Dieu l'a ressuscité, nous en sommes témoins". La séquence de Pâque interroge : qui l'a vu en premier ? "Dis-nous Marie Madeleine, qu'as-tu vu en chemin ? J'ai vu le sépulcre du Christ vivant, j'ai vu les anges ses témoins, le Christ mon espérance, est ressuscité !"
Notre foi est fondée sur le témoignage de ceux qui ont vu, entendu, touché Jésus ressuscité, qui ont cru en lui, et nous ont transmis cette foi. Qui a assisté à la résurrection du Christ ? Personne !
Les grands événements pour notre salut se sont faits dans la nuit. Et nous en distinguons quatre :
- La nuit de la création
- La nuit de l'exode
- La nuit de la naissance de Jésus
- La nuit de Pâque
Dans cette nuit radieuse de lumière, personne n'a assisté à la sortie du Maître de la vie de son tombeau. Jésus ne s'est pas manifesté à ceux qui l'ont roué de coups et crucifié. Il ne s'est pas manifesté aux grands prêtres et au conseil du sanhédrin. Il ne s'est pas montré à Érode ou à Pilate. La résurrection n'est pas une vengeance.
Le ressuscité ne s'est pas montré à sa mère, la pleine de grâce, mère de notre espérance. La résurrection n'est pas régionale, c'est-à-dire une affaire familiale.
Jésus ressuscité nous fait entrer dans une nouvelle logique de la vie, qui n'est plus fondée sur la raison calculatrice et déterministe. La résurrection du Christ n'a rien de triomphaliste, de rancunière ou de vindicative.
Jésus se révèle au matin de Pâque à Marie Madeleine qui pleure désespérément. Il rend cette femme la première missionnaire de la joie de Pâque.
3. LA PÂQUE ORIENTE NOTRE VIE
La Pâque, sur le plan cosmique, arrive pendant le printemps, où la nature qui semblait endormie dans la nuit de l'hiver se réveille, ressuscite, commence à fleurir. Avec cette saison, la journée s'allonge, les ténèbres de la nuit diminuent leur emprise. La joie et le sourire apparaissent dans le visage, qui est la fenêtre de l'âme.
Sur le plan sémantique, la Pâque de l'hébreu "paschah" signifie passage, mouvement, pèlerinage. La Pâque au départ était la fête des nomades, des éleveurs qui devaient traverser le désert à la recherche de l'eau et du pâturage pour le troupeau. Les nomades affrontaient le chaos, les forces du mal dans le désert, l'expérience de la faim et de la soif. Cette expérience de pèlerinage est significative.
Nous sommes comme des nomades sur cette terre. Nos assurances sont au-delà du désert. Nos maisons, si solides soient-elles, sont des tentes fragiles exposées aux intempéries et aux puissances du chaos. C'est le Seigneur qui nous bâtit la maison.
La Pâque nous apprend donc la simplicité, le sens de l'autre, l'attention aux personnes vulnérables, le sens du pain partagé dans la sobriété. Lors de la Pâque juive, on mangeait ensemble le pain sans levain et les herbes amères, symboles de la relativité de la vie sur cette terre des pèlerins. Le sang versé librement par Jésus accomplit le sang de l'agneau de l'ancienne alliance.
La Pâque chrétienne, fondée sur l'amour sans mesure de Jésus, nous donne un nouveau sens de la vie, de la famille et de l'univers dans son ensemble. La Pâque brise l'instinct d'égoïsme et de violence, et nous apprend le sens de l'autre, qui n'est plus un étranger, mais un frère à aimer. La famille humaine, enracinée dans le sang versé du Christ, devient une communauté de communion et de communication, le vrai "chaburah" eucharistique (la convivialité dans la concorde).
L'Église née du cœur transpercé du Christ est ce nouveau chaburah, qui étonnait les païens en disant : "Regardez comment ils s'aiment". La Pâque du Seigneur est donc la source de la civilisation de l'amour, de la paix entre les peuples et de la paix planétaire. Là où l'homme vit comme si Dieu n'existait pas, le monde devient l'enfer. Là où Dieu règne, le printemps de la vie renaît. La Pâque est notre joie, notre paix et notre espérance.
4. PRIÈRE D'ACTION DE GRÂCE
Dieu règne, peuple, criez d'allégresse ! La vie a vaincu la mort, la croix a vaincu l'enfer.
Avec la résurrection, il n'y a plus de mal radical irrémissible. Le Christ, vainqueur de la mort par la puissance de l'amour, vient transformer nos obscurités en une lumière de joie.
Que ta Pâque glorieuse ouvre les portes de la paix, de la concorde, du dialogue dans les pays où sévissent la guerre et toute forme de violence. Alléluia, Amen.
Heureuse fête de Pâques, frères et sœurs.
Paix et joie dans nos cœurs et dans le monde.
Ton frère,
Abbé Ferdinand Nindorera