En ce troisième dimanche de carême, Jésus révèle à la femme samaritaine qu'il est lui-même le puits d'où jaillit l'eau vive. Il accomplit ainsi la vision du prophète Ézéchiel qui voit l'eau vive sortir du côté droit du Temple pour devenir un fleuve immense qui se déverse dans la mer Morte, afin de développer la vie et d’assainir tout ce qu'elle pénètre (Ez 47,5-9).
L'évangéliste Jean unit la prophétie d'Ézéchiel, l'entretien de Jésus avec la Samaritaine et sa Passion où son cœur transpercé deviendra une source jaillissante d'eau vive. Jésus est le véritable puits de la miséricorde de Dieu qui purifie le puits de la misère humaine.
1. La méthodologie de Jésus
« Femme, fais-moi à boire ! »
Saint Augustin écrit : « Dieu habite les hauteurs et il est proche des humbles ». Le pape Benoît XVI, dans cette même ligne, dit qu'en Jésus-Christ « Dieu n'est pas seulement distance infinie, mais aussi proximité infinie ».
Cette proximité a été expérimentée par la femme samaritaine dont le cœur était angoissé par ses péchés. Jésus se fait tellement petit qu'il demande l'eau du puits, alors qu'il possède la vie éternelle.
L'eau vive est invisible mais réelle. Elle est la plénitude de la vie dont l'Esprit Saint est la source. Elle s'oppose à l'eau du puits qui symbolise la cupidité et la volupté.
Jésus accomplit les paroles du psalmiste qui prie : « Aux torrents de tes délices tu abreuves l’homme et le bétail ; en toi est la source de vie, par ta lumière nous voyons la lumière » (Ps 35, 9-10).
Jésus, s’adressant à la Samaritaine, affirme : « L'heure vient — et c'est maintenant — où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ».
Le Fils de Dieu ne nous sauve pas de loin. Il se fait compagnon de route, il nous attend et se rend proche de nous. Pour nous enrichir de sa divinité, il tend même la main à nos misères pour les transformer en une surabondance de grâce « qui nous donne la paix de Dieu », dit saint Paul.
2. Le langage symbolique
Le texte peut être interprété comme un itinéraire baptismal : un passage de l'esclavage du péché à la liberté.
On peut dire que Jésus a soif de la foi de la femme. La rencontre de Jésus avec la Samaritaine tient compte des catégories du temps et du lieu. L'évangéliste précise que c'était à la sixième heure. Cette heure anticipe celle de la Passion du Christ. Avant de remettre l'esprit au Père, Jésus dira : « J'ai soif ».
Le lieu est le puits de Jacob qui, pour un peuple dans le désert, est source de vie. Il y a toutefois une opposition entre l'eau vive et l'eau du puits, qui ne comble pas la soif de l'homme.
Descartes, dans sa « morale provisoire », fait recours à l'image de l'eau sale dont il faut se contenter dans l'attente de l'eau fraîche dans l'avenir.
L'eau qui n'étanche pas la soif symbolise les plaisirs charnels insatiables. Avant cette rencontre décisive, la femme était habituée à puiser cette eau, signe d'une dépendance dans les vices.
Cependant, la femme a la conscience d’elle-même. Elle connaît ses misères, ce qui constitue déjà un point de départ pour une possible libération.
Blaise Pascal affirmait : « Il faut se connaître soi-même. Même si cette connaissance ne servirait pas à connaître la vérité, elle servirait au moins à régler sa propre vie » (Pensées, 66).
3. Le dur passage de la misère à la liberté des enfants de Dieu
« Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » s'exclame la Samaritaine.
Cette femme païenne, aux cinq maris, possède une personnalité très forte. Elle tient tête devant l'inconnu qui lui pose des questions embarrassantes. Son acceptation de dialoguer avec Jésus montre qu'en elle réside un désir de libération de sa situation d'oppression symbolisée par la cruche.
Dans le désert du cœur de cette femme se trouve un désir profond : une soif de pureté et de chasteté qu'aucun homme mortel ne peut combler. Seul le Christ est libérateur de nos multiples infirmités.
La femme samaritaine ne porte pas seulement le poids de ses péchés, mais elle souffre aussi du mépris des Juifs envers les Samaritains et de sa condition de femme. Elle dit à Jésus : « Comment ! Toi qui es juif, tu me demandes à boire à moi qui suis une femme samaritaine ? »
Ce qui désarme cette femme courageuse est l'attitude de Jésus, faite de douceur, d'humilité, d'attention et de respect. La femme se sent considérée et valorisée ; elle est libre de poser toutes les questions qui touchent au culte religieux qui distingue les deux peuples frères mais ennemis.
Après que Jésus a dévoilé sa situation de désordre affectif — ce qui constitue une question qui fâche —, la femme oriente la discussion vers un autre sujet : le culte. Elle progresse lentement mais sûrement sur le chemin de la foi.
Avec la présence du Fils de Dieu dans le monde, « l'heure vient — et c'est maintenant — où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ». Le culte nouveau est arrivé : un culte spirituel où tous deviennent frères par la nouvelle naissance dans l'eau et dans l'Esprit.
La discussion s'achève avec la conversion de la femme lorsque Jésus lui révèle qu'il est le Messie qu'elle attendait : « Je le suis, moi qui te parle ».
À ce moment même, la femme laisse sa cruche au bord du puits, court vers la ville et annonce que Jésus serait le Christ attendu. Cette annonce conduira les Samaritains à croire en Jésus.
Le propre de la foi est sa propagation : la foi personnelle devient communautaire.
4. Prière pour demander l'eau vive du sens de la vie
Jésus, tu es le puits de la miséricorde du Père. Notre cœur n'est qu'un puits de misère. Sans ta grâce, nous sommes perdus, errants dans le désert, altérés et sans eau.
Comme la Samaritaine, d'un cœur blessé et broyé par les vicissitudes de la vie, nous venons t’implorer pour demander l'eau vive qui étanche notre soif du sens de la vie.
Fais qu'en buvant l'eau vive de ton puits inépuisable d'amour, nous devenions missionnaires de la joie et de la paix dans nos villes et nos villages.
Amen.
Bon dimanche, frères et sœurs.
Paix et joie dans nos cœurs et dans le monde.
Ton frère,
Abbé Ferdinand Nindorera.