NOUVELLES EN FRANCAIS - 12 gennaio 2026, 10:45

Avant-première de la Foire de Saint Ours 2026

Une œuvre en bois comme un livre ouvert sur l’âme alpine : Guido Diémoz fait parler la mémoire des montagnes, entre tradition, migration et dignité du travail

Guido DIemoz

L’Avant-première de la Foire de Saint-Ours s’ouvre comme une porte sur la mémoire. Le 14 janvier 2026, au Centre Saint-Bénin d’Aoste, Guido Diémoz ne présente pas seulement une sculpture : il offre un récit. Un récit taillé dans le bois, nourri de silences, d’odeurs de fumée, de gestes anciens. Cet événement, désormais attendu, précède les grandes foires du bois de Donnas et d’Aoste et en devient le prologue intime, celui où la tradition cesse d’être abstraction pour retrouver ses visages.

Depuis onze ans — de 2015 à 2026 — Diémoz poursuit un patient travail de semeur de mémoire. Chaque année, une œuvre thématique, comme un chapitre ajouté à l’histoire longue des Alpes. Cette fois, le titre est simple et bouleversant : « Le Ramoneur ». Derrière ce mot se dessine un monde entier, celui des ramoneurs valdôtains, des enfants « gaìllo », des départs à l’aube pour la France, la Suisse, la Belgique, des toits noirs et des mains noircies.

La sculpture est le fruit d’une recherche précise, nourrie des travaux de Georges Martin et des pages de « Lo Flanbo ». Les textes disent, les archives racontent ; l’artiste, lui, incarne. Dans le bois, les corps reprennent leur place. Les ramoneurs ne sont plus figures d’un folklore lointain, mais hommes et enfants inscrits dans la nécessité, dans la dignité rugueuse d’une vie de montagne. Leurs mots de jargon, inventés pour se protéger, deviennent dans la sculpture une langue silencieuse, faite de regards et de gestes.

Cette présentation n’existerait pas sans les promoteurs qui l’ont accompagnée. Un remerciement appuyé revient au Président et au Directeur de la Confartigianato Valle d’Aosta, dont l’attention et le soutien ont permis de faire émerger l’œuvre dans un cadre à sa mesure. Et à Daria Jorioz, dirigeante de la Structure activités expositives et promotion de l’identité culturelle, revient le mérite d’avoir ouvert le Centre Saint-Bénin à cet hommage sculpté. Le lieu n’est pas neutre : c’est un écrin qui dit la reconnaissance publique d’un parcours artistique de plus de quarante ans.

Guido Diémoz est autodidacte. Il vient tard à la sculpture, après d’autres métiers, d’autres vécus. C’est peut-être pour cela que le bois, entre ses mains, ne triche pas. Il ne raconte pas des Alpes de carte postale : il évoque la fatigue, les départs, les retours, le poids du quotidien. « Le Ramoneur » parle des enfants glissés dans les cheminées étroites, des pères qui partent et reviennent, de cette économie modeste qui a façonné l’identité alpine autant que les paysages.

Certains de ces « gaìllo » sont aujourd’hui nonagénaires. Ils vivent encore parmi nous, et leur mémoire ne réclame pas pathos, mais écoute. La sculpture de Diémoz ne les idéalise pas ; elle les reconnaît. Elle capte ce fil fragile entre l’existence de jadis et notre présent, et rappelle qu’une communauté tient debout tant qu’elle accepte de regarder son histoire en face.

En parallèle, à Savigliano, dans les salles du XVIIᵉ siècle du Palazzo Muratori-Cravetta, une exposition anthologique rassemble l’ensemble des œuvres de l’Avant-première de la Foire de Saint-Ours. Là encore, ce n’est pas seulement une rétrospective : c’est une traversée. On y voit se dessiner, pièce après pièce, une autobiographie collective de la Vallée d’Aoste.

Présenter « Le Ramoneur » au Centre Saint-Bénin a une valeur symbolique forte. Ce n’est pas seulement exposer une œuvre ; c’est affirmer que l’artisanat d’art, lorsqu’il atteint cette intensité, devient langage culturel et bien commun. Le bois, travaillé par Diémoz, n’est plus matière : il est mémoire qui respire, identité qui se donne à voir.

Après Aoste, la sculpture poursuivra son chemin naturel, comme les ramoneurs autrefois : à Donnas le 18 janvier, puis à la Foire de Saint-Ours les 30 et 31 janvier 2026. Elle y sera non pas un objet parmi d’autres, mais un signe : celui d’une vallée qui sait d’où elle vient et qui confie à un artiste-artisan le soin de le rappeler, avec douceur et gravité.

je.fe.