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NOUVELLES EN FRANCAIS | 10 gennaio 2019, 18:11

Roberto Luboz (Lega) 'Aujourd’hui, un autre peuple, celui catalan, souffre de la répression autoritaire d’un Etat-nation

Intervention du conseiller lors de l'examen de la requête: Réprobation pour l'accusation contre l'ex Présidente du Parlement de la Catalogne Carme Forcadell et sollicitation pour sa libération.

Roberto Luboz

Roberto Luboz

Merci M.me la Présidente

Je prends la parole cet après-midi avec un peu d'émotion et un esprit tout particulier car exactement il y a 73 ans, le 10 janvier 1946 se réunissait pour la première fois le Conseil régional de la Vallée d'Aoste, composé par 25 Conseillers indiqués par les partis antifascistes du Comité de Libération National.

Souvent je me demande si je et nous sommes dignes de siéger là où nos homologues de l'immédiat après-guerre ont traité les premiers actes officiels de cette Assemblée.

Je prends alors cette curieuse coïncidence avec un souhait propice et emblématique.

Deux mots seulement pour bien mettre dans son contexte cette motion: à l'occasion du sommet des parlementaires francophones à Andorre de la fin du mois d'octobre passé, auquel j'ai participé, avec les collègues Morelli et Nogara, accompagnés par la fonctionnaire du Conseil, Mme Perrin, nous avons été approchés par différents membres du parlement catalan qui nous ont demandé de bien vouloir appuyer leurs initiatives en faveur des prisonniers politiques, en particulier de Mme Forcadell, enfermée pour de le délit de rébellion et passible de peines allant jusqu'à 30 an de prison. Or, ce délit n'est applicable que dans le cas d'un soulèvement violent et populaire, ce qui ne s'est jamais, jamais, produit.

Suite donc à cette sollicitation et en partageant totalement l'inquiétude pour l'application de la justice pénale en tant qu'instrument de coercition contre l'activité d'un parlement, nous avons cru utile présenter cette initiative. 

Voyez, devant vous, Cher Collègues, (derrière vous, pour les membres du Gouvernement et de la Présidence du Conseil qui gèrent cette séance), le début de la célèbre causerie sur la Suisse de Chanoux, peut-être un de ses textes les plus prophétiques.

Elle fut inaugurée en 1988, lors de la première séance de la IXe législature et elle remplaça le drapeau valdôtain qui jusqu’alors avait servi de toile de fond à nos travaux.

Un choix discutable, comme tous le sont, mais qui avait, à tout le moins apparemment, une justification: sans doute pas celle – qui fut quand-même avancée – de faire accroire à une identité de qualités entre le peuple, LES peuples suisses et celui, CEUX valdôtains, mais plutôt d’indiquer, à nous Valdôtains, qu’il fallait continuer de regarder haut, si on ne voulait pas tomber très bas et pourrir, pourrir horriblement, toujours pour reprendre Chanoux.

Et regarder haut ne pouvait alors signifier que de faire de notre Vallée un exemple, à la fois à son intérieur et dans son action idéale, pour affirmer encore et toujours qu’une autre façon d’exister était possible que sous le joug du totalitarisme massificateur des Etats-Nation. Possible et souhaitable.

Depuis lors, beaucoup a changé. La Vallée d’Aoste n’était plus déjà à l’époque celle où Jordi Pujol, Premier président catalan après la chute du franquisme, venait tirer son inspiration et tressait les louanges.

Quarante ans avaient déjà écoulé depuis l'octroi de notre Statut d'Autonomie. Trois ans auparavant, en 1945, il est juste de le rappeler en cette occasion, quelques 20.000 valdôtains signèrent un appel pour demander par plébiscite la possibilité de décider eux-mêmes quant à leur propre avenir. L'appel fut stoppé par les alliés et la réponse fut alors la concession des décrets du Lieutenant du Royaume qui précédèrent le Statut. Réponses inadaptées par rapport aux aspirations autonomistes des Valdôtains, mais suffisantes à refroidir leurs âmes et à trahir leurs attentes originelles.

En 1988, l'année où a été placé ce texte sur la paroi de la Salle du Conseil, la Vallée d'Aoste, n’était déjà plus le fer de lance de cette « Europe aux cent drapeaux » qui a peut-être eu un moment le mérite d’offrir une réelle alternative à l’Europe des banquiers.

Le travail de sape avait déjà commencé.

Autonomie, participation, subsidiarité sont les principes du fédéralisme qui se réalise par le dialogue, le respect, la reconnaissance de l'autrui et de ses exigences. Oh combien cela a manqué en Vallée d'Aoste. 

Trente ans après, avouons-le, à nos jours, la Vallée d’Aoste défraie désormais, parfois, la chronique pour tout autre chose que les batailles idéales, ou parce qu’on y identifiait un « petit peuple » qui était grand précisément parce qu’il avait recommencé à croire en lui-même.

A’ plus forte raison, le temps est revenu pour nous donner un nouveau souffle, pour recommencer à penser grand, beau, juste.

Aujourd’hui, un autre peuple, celui catalan, souffre de la répression autoritaire d’un Etat-nation qui, après avoir manqué à sa parole, emprisonne ceux qui ont osé redonner la voix au peuple.

L'avoir peur d'écouter les personnes et tout mettre en œuvre pour limiter l'expression démocratique de leurs idées sont la négation même des valeurs sur lesquelles se greffent les racines profondes du projet européen et de ses peuples.

Dans notre Occident, il me semble que beaucoup trop de peuples ont maintenant disparu ou sont réduits à des représentations de minorités. Les peuples pourtant sont ces communautés qui s'affirment elles-mêmes dans les lignes fondamentales de leur existence sur une terre ou un espace donné, voire mobile, à travers une langue et un système symbolique d'auto-reconnaissance. De nos jours, chaque individu se sent « assujetti à lui-même » à l'égard de toute idée d'un peuple. Nous vivons dans la distinction. La disparition du culte des ancêtres, qui n'est pas forcément la vénération des générations passées, est un signe de la fin des peuples. Les peuples sans ancêtres, sans un lien qui passe à travers la langue, la reconnaissance et l'amour du terroir, sont comme des fleurs sans abeilles: il semble impossible, mais le règne végétal se reproduit que par l'intervention de ce petit animal, si précieux. Pensons-y.

Je ne referai pas ici l’histoire de ce qui s’est passé en Catalogne. Il suffit d'aller chercher le non Carme Forcadell sur les moteurs de recherche. En plus, d’ailleurs, le Conseil communal d’Aoste avant et ce même Conseil régional se sont déjà exprimés en la matière.

La vie de Carme, sa vie s’échappe. Et Londres, Berlin, Paris, Rome qui se taisent. Le droit d’expression n’existe plus sur la péninsule ibérique, mais l’Union Européenne s’endort. Sur quels lauriers, les Catalans l’ignorent.

C'est précisément pour cela que je vous demande de voter, cher Collègues, cette motion, qui pourra être envoyée non seulement aux institutions espagnoles mais surtout aux organes européen, une motion qui demande simplement que l’on remplace l’emprisonnement par le dialogue, les ratonnades par le vote libre, les mythes éculés d’un nationalisme artificiel d’un autre âge - qu’il fallut d’ailleurs imposer par la force et qui ce malgré jamais n’a été accepté comme juste, tellement il est contre nature -, les mythes éculés disais-je par un printemps des consciences et par le simple constat que si l’Europe peut encore tolérer, en 2019, que l’on soit emprisonnés pour des convictions politiques, alors cette Europe n’a aucun futur et celle Europe ne nous plaît pas.

L’Europe, justement. La causerie de Chanoux indiquait bien que le seul avenir viable pour notre continent était d’être en grand comme la Suisse.

Nous nous en éloignons toujours plus. L’honteux silence des banquiers de Bruxelles, égarés dans leurs comptes et leurs austérités, dans leurs règlements, dans leurs décrets, impositions, directives, le silence face à ce qui s’est passé et se passe toujours, achève de nous convaincre que la bataille pour UN peuple européen est aussi une bataille pour TOUS les peuples européens et pour l’Europe elle-même.

Un vote pour la Catalogne, c’est un vote pour tous.

Vive la Catalogne libre, ou, mieux, vive la possibilité pour la Catalogne de dire ce qu’elle est et ce qu’elle veut faire.

Et, dans ce sens, naturellement, vive aussi la Vallée d’Aoste libre.

Merci.

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